L'Administrateur [Partie 3 chapitre 3]

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Re: L'Administrateur [chapitre 7]

Messagepar Archivist » 15 Oct 2013, 09:54

Après le Doctor!Donna le Master!Tegan :D J'attends avec impatience de voir les effets secondaires ^^

Cette capacité de soin des Time Lords je l'ai vue pour la première fois non pas dans The Angels Take Manhattan mais dans Death Comes to Time. Le Minister l'utilise.
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Re: L'Administrateur [chapitre 8]

Messagepar Umanimo » 15 Oct 2013, 11:59

Voici la suite. Chapitre 8 posté.
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Re: L'Administrateur [chapitre 8]

Messagepar Archivist » 15 Oct 2013, 19:33

La suiiiiiite ! :)
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Re: L'Administrateur [chapitre 8]

Messagepar Umanimo » 15 Oct 2013, 21:01

Archivist a écrit :La suiiiiiite ! :)


Gourmande ! :mrgreen:
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Re: L'Administrateur [chapitre 8]

Messagepar Umanimo » 16 Oct 2013, 18:59

Épilogue... provisoire. Une partie 2 est déjà finie et prête à être publiée.
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Re: L'Administrateur [épilogue partie 1]

Messagepar Archivist » 17 Oct 2013, 08:50

Il leur faut un TARDIS ! ^^
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Re: L'Administrateur [Partie 2 chapitre 1]

Messagepar Umanimo » 17 Oct 2013, 19:49

Premier chapitre de la partie 2 posté.
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Re: L'Administrateur [Partie 2 chapitre 1]

Messagepar Umanimo » 18 Oct 2013, 22:56

Partie 2

Chapitre 2 : Victor
« Victor Lemaistre ! »

Tegan rit de bon cœur en voyant le nom sur les faux papiers que s’est fabriqué le Maître.

« Le Maître victorieux, ironise-t-elle. Vous ne manquez pas de vanité, comme d’habitude.

– À se fabriquer un faux nom, autant se faire plaisir, réplique-t-il. Ces papiers seront valables ici sur Terre et sur un certain nombre de colonies terriennes qui les acceptent. J’aurais juste quelques détails à modifier. Sur d’autres planètes, il va falloir que je me procure à chaque fois des exemplaires de documents officiels. Quel nom aimeriez-vous avoir ? Il vaut mieux éviter "Tegan".

– J’aime bien Janet. Mon amie d’enfance s’appelle ainsi. Et Chesterton était le nom de famille de mon professeur préféré à l’école.

– Très bien, lui accorde-t-il. Allons-y pour Janet Chesterton ! »

Quelques minutes plus tard, ses propres faux papiers dans les mains, elle murmure :

« Victor vous va bien je trouve. Je vais vous appeler ainsi, désormais.

– Il vaut mieux, rétorque-t-il. Sinon, quel intérêt de se fabriquer une autre identité… Janet ? »

Elle sourit.

« En effet, Victor. Par où allons-nous commencer, maintenant que nous sommes prêts ? ajoute-t-elle.

– Tout est là ! indique-t-il en tapotant sa tempe. Faites-moi confiance. J’ai mémorisé tous les mondes sur lesquels il a sévit. Je voulais vous donner ça aussi. »

Il sort de sa poche un bracelet semblable au sien. Il est seulement plus fin, dans une couleur plus or que bronze et les commandes de l’appareil se détachent en plus foncés.

« Ce petit point noir, reprend-il, est une manette pré programmée. Si vous appuyez trois fois dessus – trois fois pour éviter une fausse manœuvre – le bracelet vous ramènera automatiquement dans le centre de Perth. C’est une sécurité au cas où il m’arriverait quelque chose. »


**********

« Tegan, murmure Liz, en contemplant le prisonnier. Est-ce que mon vrai nom est Tegan ? Ou est-ce Janet ? »

Cela reste encore confus, même si les souvenirs reviennent, de plus en plus nombreux et de plus en plus précis.

La voix de l’Administrateur se fait entendre, presque chuchotante :

« Alors, Mme Jones, que dites-vous de cette personne ? Ne le reconnaissez-vous pas ?

– Je ne suis pas sûre… » marmonne Liz.

Ce doit être un miroir sans tain car, bien qu’il la fixe dans les yeux, le captif n’a pas l’air de la voir.

« Voyons si lui se rappelle de vous », reprend le ton monotone.

La surface transparente s’éclaircit, et l’homme réagit enfin à sa présence.

« Tegan ! » crie-t-il d’une voix enrouée.

Il secoue ses liens et râle à l’adresse de celui qui le retient enchaîné :

« Qu’est-ce que tu mijotes encore ? Ça ne t’a pas suffit de la transformer en marionnette décérébrée, et de m’avoir laissé assister jour après jour à son insupportable vie ?

– Ça commençait à devenir ennuyeux, réplique tranquillement l’Administrateur. J’ai mieux que ça. La dernière fois, je n’ai pas réussi à la pousser à te tuer. Mais c’est sans doute parce que je n’avais pas appuyé sur les bons boutons. Je pense que j’ai trouvé l’argument décisif. »

Ces paroles font surgir de nouveaux souvenirs dans l’esprit de Tegan.

Oui, pense-t-elle, je me nomme bien Tegan. Tegan Jovanka et j’ai épousé Brian Henson en revenant en Australie, après avoir voyagé avec le Docteur. Le Docteur qui est devenu lui, l’Administrateur.

Tout lui revient en masse. C’est comme un coup de poing, parce qu’elle saisit soudain ce que leur situation a de dramatique.

L’Administrateur avait réussi à les retrouver et à les attraper à nouveau. Il possède un réseau d’informateurs parfaitement rodé. Après s’être échappé de la planète où ils l’avaient bloqué, sa première action a été de les traquer.

Elle se souvient, maintenant. Même si elle avait appuyé sur le bouton la renvoyant à Perth, comme le lui avait demandé le Maître, ça n’aurait pas fonctionné. Leurs appareils spatio-temporels étaient brouillés. L’Administrateur s’était fait une joie de le leur démontrer.

La voix sirupeuse s’adresse à nouveau à elle :

« Tout est bien revenu, maintenant, chère Tegan ? Ton dernier repas contenait l’antidote à la drogue que tu ingurgites depuis des mois.

– Je me souviens très bien de vous… Docteur ! » lui lance-t-elle.

Elle se fait suppliante :

« Je vous en conjure, redevenez vous-même ! Redevenez celui avec qui j’ai passé de si bons moments, et de si terribles aussi, mais tous les deux du même côté !

– Pourquoi faire ? interroge-t-il. Tous mes efforts étaient vains. Tout ce que j’obtenais, c’était à peine de quoi contenir le flot du mal. Maintenant, je me laisse porter par lui, et c’est bien plus confortable. Ensuite, je le pousse dans ses limites extrêmes. C’est bien plus gratifiant. Au moins, je vois des résultats.
Mais, je ne suis pas là pour philosopher, ajoute-t-il. Je vais te proposer une alternative. D’un côté cet homme, qui a été un des plus grands maux que j’ai combattu autrefois. Qui a semé la mort et la souffrance autour de toi. De l’autre… »

La partie gauche du mur de la pièce devient transparente à son tour. C’est une autre salle, sans communication avec celle où se trouve le Maître.

« …ces enfants. Créatures inoffensives. »

Six bambins, de deux à quatre ans environ, sont attachés dans cette autre pièce. En ligne, lui faisant face. Ils ont pleuré et certains pleurent encore. Tegan sent son cœur se tordre à ce spectacle.

Ils sont liés de telle façon qu’ils ne peuvent bouger. Au dessus de la tête de celui qui se trouve le plus à gauche, une pointe d’acier. Elle frôle son crâne. C’est une fillette, aux cheveux bruns et bouclés, aux grands yeux noirs. Elle fait partie de ceux qui ne pleurent plus. Elle renifle seulement de temps en temps. Depuis combien de temps sont-ils là, morts d’angoisse ?

« Qu’allez-vous faire ? gronde-t-elle.

– Moi ? Rien, répond tranquillement l’Administrateur. À part lancer le compte à rebours. C’est toi qui va décider. Quand j’aurais déclenché le processus, tu auras cinq minutes avant que la pointe ne s’enfonce lentement dans la tête de cette enfant. Regarde de l’autre côté. »

Avec horreur, Tegan voit que la même pointe menace maintenant le crâne du Maître.

« Elle ou lui ? reprend la voix monocorde. L’innocente ou le coupable ? Pour arrêter la mort de la petite fille, tu dois appuyer sur ce bouton. Souviens-toi. Tu as refusé de le faire, il n’y a pas si longtemps. Tu n’as pas voulu voler sa vie pour sauver la tienne. Mais pour épargner celle de ces bébés, le feras-tu ? Parce que si tu ne te décides pas pour la première, cinq minutes plus tard, c’est un deuxième qui y passera. Ainsi de suite jusqu’au dernier. Oh, j’oubliais ! Tu vas devoir garder ta main sur l’interrupteur jusqu’au bout, jusqu’à sa mort, sinon… Trois, deux, un ! C’est parti ! »

Une horloge lumineuse se matérialise sur les vitres. Un rond fait de soixante points qui s’éteignent les uns après les autres. Au milieu le chiffre cinq.

Elle se précipite sur la paroi qui la sépare du Maître.

« Vous avez entendu ? halète-t-elle.

– Oui. »

Il doit sentir le froid du métal sur son cuir chevelu. Elle voit son regard rempli de peur. Il avale difficilement sa salive.

« Faites-le, chuchote-t-il.

– Comment ? bredouille Tegan. Mais non, je ne peux pas ! Je ne veux pas assister à ça !

– Alors fermez les yeux, mais faites-le ! »

Il a presque crié cette fois-ci.

« Je ne vous reconnais plus, murmure-t-elle. Où est celui qui était capable de survivre à tout ? Et n’avait aucun scrupule à écraser les gens sur son passage pour…

– Que se passera-t-il si je vous demande de m’épargner ? la coupe-t-il. Les gosses vont mourir. Il trouvera de toute façon une autre manière de nous torturer. Et vous allez m’en vouloir d’avoir dû sacrifier ces enfants. Pour toujours. Vous ne pourrez pas plus me pardonner ça que… le reste. Autant en finir. »

Elle voit qu’il grelotte maintenant.

« Appuie sur ce bouton ! hurle-t-il. Avant que je perde toute dignité et que je me mette à pleurer comme un marmot ! »

Tegan regarde l’horloge. Il reste moins d’une minute. Elle s’agenouille parce qu’elle ne se sent plus capable de tenir debout, pose la main gauche sur ses yeux et, de la droite, elle tâtonne à la recherche de l’interrupteur.

Ça y est, elle le sent sous ses doigts. Elle le presse en sanglotant. Si elle ne peut pas voir, elle va entendre. Et ils arrivent, plus vite que ce qu’elle craignait. D’abord des gémissements, puis des cris de douleur. Elle a la terrible tentation de relâcher, mais si elle le fait, ce sont les enfants qui vont mourir. Alors elle tient jusqu’au bout. Jusqu’à ce que les cris cessent, et qu’elle-même tombe sur le sol, inconsciente.

Chapitre 3 : …est un loup pour l’homme
Un souffle sur sa joue qui la chatouille. Elle sourit et grogne :

« Arrête Brian ! Ce n’est pas drôle.

– Désolé, ce n’est pas Brian. Ce n’est que moi. »

Elle ouvre brusquement les yeux.

« Vous ! Mais vous êtes… vous n’êtes pas…

– Mort ? Non. Comme vous pouvez le constater. »

Elle s’assoit, pendant qu’il se redresse pour lui laisser un peu de place. De place, il n’y en a guère, là où ils se trouvent. Le même genre de cachot qu’elle avait occupé seule. À peine plus grand.

« Un cercueil pour deux, murmure-t-elle.

– C’est à peu près ça », répond-il.

Elle le regarde. On lui a coupé les cheveux et la barbe et son costume tout fripé a fait place à une chemise et un pantalon blanc. C’est tout juste si quelques traces sur sa peau rappellent qu’il y a quelques minutes encore, il était enchaîné.

Elle-même est habillée de blanc aussi, un t-shirt et un pantalon.

« Mais j’ai entendu, balbutie-t-elle, je vous ai entendu… c’était horrible.

– Une bande son », explique-t-il.

Il préfère taire comment l’Administrateur a obtenu cet enregistrement.

« Mais… pourquoi cette comédie ? reprend Tegan.

– Toujours pour s’amuser, je suppose. J’étais presque sûr que cela allait se passer ainsi. Qu’il n’allait pas casser ses jouets. Il doit encore avoir quelques tours dans son sac.

– Vous voulez dire que vous saviez qu’il n’allait pas vous tuer ? s’étonne-t-elle.

– Je n’en étais pas certain. Mais il y avait de fortes chances que non.

– Alors vous aussi, vous m’avez joué la comédie ! s’insurge-t-elle.

– Pour ça non ! J’avais réellement peur. Parce que je n’étais pas totalement sûr.

– Je me demande ce que sont devenus les enfants, murmure Tegan.

– Ramenés chez eux, je suppose. »

Elle se lève.

« Pourquoi nous a-t-il enfermé tous les deux ici ? commence-t-elle.

– Bonne question, Tegan », intervient la voix neutre de l’Administrateur.

Il continue :

« La solitude, vous l’avez déjà expérimenté. Mais il y a pire qu’être seul : être deux dans un espace où on ne peut avoir aucune intimité. Voyons combien de temps vous mettrez à vous dévorer l’un l’autre. »

Le silence retombe.

**********

Au bout de trois jours, ils n’ont reçu pour toute subsistance que de l’eau, sous forme d’un mince filet qui coule d’un trou microscopique dans un angle de la pièce. La recueillir pour boire leur demande de faire quelques acrobaties. Ils ont d’abord tenté d’en prendre avec leurs mains, mais la méthode la plus efficace est de coller ses lèvres au mur.

Le sol est auto nettoyant, comme précédemment, mais il leur faut quand même satisfaire leurs besoins dans un espace de cinq mètres carré en face de l’autre.

« Tournez-vous et bouchez-vous les oreilles », avait demandé Tegan au Maître la première fois qu’elle avait dû s’y résigner.

Par la suite, elle s’était contentée de lui faire un petit signe giratoire de la main, et il haussait les épaules avant de regarder l’angle opposé au sien. Il n’a pas l’air aussi pudique, mais c’est elle qui détourne les yeux quand il doit à son tour céder à l’appel de la nature.

Il ne leur faut pas longtemps pour commencer à se lancer des mots désagréables. La troisième fois où Tegan murmure "j’ai faim", il grogne qu’elle est tout le temps en train de se plaindre. Le ton monte vite jusqu’à ce qu’elle finisse par dire :

« Ça y est, il obtient ce qu’il veut. »

Cela les calme un moment. Pas longtemps cependant. Au bout de quelques jours, ils sont prêts à se sauter à la gorge.

**********

Les deux prisonniers sont chacun à un bout de la pièce, aussi loin que possible l’un de l’autre. Ce qui ne fait pas une grande distance. Ils se jettent des regards haineux.

« Je n’aurais jamais dû vous écouter et partir avec vous, râle Tegan. Qu’est-ce qui me dit que l’univers était vraiment en danger ? J’en doute maintenant.

– Si vous croyez que votre compagnie m’était agréable, vous vous trompez, rétorque-t-il. C’était une torture. Toujours à devoir m’occuper de vous qui êtes incapable de prendre soin de votre propre personne ! De plus, je ne vous ai pas obligée à repartir avec moi.

– Vous êtes toujours aussi mauvais en fait ! »

Pour lui prouver que c’est bien le cas, il commence à lui raconter les "exploits" de ses précédentes régénérations, sans en omettre un détail.

« Taisez-vous ! Taisez-vous ! lui hurle-t-elle.

– J’avais réduit toute l’humanité en esclavage, continue-t-il sans tenir compte de l’interruption. Ils travaillaient pour fabriquer des milliers de vaisseaux spatiaux prêts à partir à la conquête de l’univers. Le Docteur et ses compagnons étaient à ma merci. La meilleure année de mon existence.

– Je ne vous croie pas ! proteste-t-elle. Si quelque chose comme ça était arrivé, je m’en souviendrais.

– C’est dans votre avenir, Tegan. Mon passé, mais votre futur. Vous allez le vivre dans quelques années. Attendez, laissez-moi calculer. Vous aurez plus de cinquante ans. Ça va être très pénible pour vous. Les vieux ne duraient pas longtemps au travail. »

Il se met à rire.

« Comment ai-je pu penser que vous aviez changé ? siffle-t-elle. Vous avez raison sur un point : je suis une idiote d’y avoir cru. Stupide au point de commencer à vous apprécier. »

**********

La faim, l’ennui, la promiscuité constante, l’impossibilité de se détendre. Tegan n’arrive plus à dormir. Elle est sur les nerfs en permanence.

Ils en sont donc arrivés là. À se haïr férocement.

C’est dans cette atmosphère explosive, que l’Administrateur intervient à nouveau.

Avec un tintement clair, un objet, provenant d’une trappe qui s’est ouverte très brièvement dans le plafond, atterrit entre eux. Moins fatigué, car ayant moins besoin de sommeil, le Maître a des réflexes plus prompts pour s’en emparer. Tegan le voit bientôt briller dans sa main.

C’est un couteau, un petit poignard dont la lame ne doit pas faire plus de dix centimètres.

Elle lève la tête et le regarde en face. Il la scrute aussi, et elle n’aime pas ce qu’elle voit dans ses yeux clairs.

« Je pense qu’il ne parlait pas de façon imagée en disant "vous dévorer l’un l’autre", mais de façon tout à fait littérale », remarque-t-elle.

Ces quelques mots ont un effet surprenant. Le corps du Maître se détend et il pousse un soupir. Il tient toujours le couteau, mais il ne le pointe plus vers elle. Il le laisse pendre au bout de ses doigts et, rapidement, il le dépose au sol.

« Je ne lui donnerai certainement pas ce plaisir, grogne-t-il.

– Cela fait combien de temps ? » demande-t-elle.

Elle se sent soulagée de pouvoir à nouveau lui parler normalement.

« Six jours, répond-il.

– C’est curieux, mais je ne ressens plus la sensation de faim. Seulement une grande faiblesse.

– C’est normal, explique-t-il. Au bout d’un certain temps, le système digestif, non sollicité, s’assoupit. »

Puis, il ajoute :

« Dormez un peu, Tegan. Vous êtes épuisée. Ne vous inquiétez pas, ajoute-t-il, je ne me servirai pas de ça contre vous durant votre sommeil. »

Il désigne le poignard. Elle hoche la tête, puis murmure :

« Même si c’était le cas, je crois que ça m’est égal, maintenant. »

Chapitre 4 : Sang
« Combien de jours ? »

Tegan reste allongée presque tout le temps. Elle ne se lève que pour boire, satisfaire ses besoins, et marcher un peu en rond dans leur cellule lorsqu’il l’y oblige. S’il n’était pas là, elle ne ferait même pas cet effort.

« Quatorze, répond le Maître. Ça n’a pas changé depuis tout à l’heure.

– Oh, chuchote-t-elle, je vous ai déjà posé la question ?

– Il n’y a pas cinq minutes. »

Ils ne s’énervent plus l’un contre l’autre. Ils n’ont plus assez d’énergie pour ça.

Il se rapproche d’elle et pince ses joues, puis soulève ses paupières.

« Qu’est-ce que vous faites ? grogne-t-elle. Laissez-moi tranquille.

– Je regarde dans quel état vous êtes, et je crois que c’est le moment. Pour la meilleure chance de survie pour tous les deux, il fallait que j’attende que vous en ayez vraiment besoin.

– De quoi parlez-vous ? soupire-t-elle excédée.

– Est-ce que vous vous sentez capable de boire du sang ?

– Comment ? »

Elle se redresse, tout à fait réveillée, cette fois-ci.

« Vous perdez l’esprit ! lui lance-t-elle.

– Le goût est assez différent de celui du sang humain. Mais vous pourriez ne pas apprécier.

– Vous ne voulez pas dire que… balbutie-t-elle, abasourdie.

– C’est la seule source de protéines disponible. Savez-vous que certains peuples nomades utilisent le sang de leurs animaux domestiques pour se nourrir ?

– Je me fous de ce que font les peuples nomades ! hurle-t-elle. Je ne vais pas boire votre sang ! Non seulement c’est… c’est… dégoûtant, mais en plus, c’est… dégoûtant, moralement je veux dire. Et vous ? Vous allez boire le mien ?

– Certainement pas ! réplique-t-il. Cela ne servirait à rien que je vous donne une dose d’énergie si c’est pour la reprendre.

– Mais vous, d’où allez-vous tirer la vôtre, d’énergie ?

– Les Time Lords ont plus de ressources que les Humains. Je suis capable de tenir plus longtemps sans manger que vous. »

Elle hoche la tête.

« Je ne peux pas ! tranche-t-elle d’un ton sec.

– D’accord. Vous avez besoin d’un peu de temps pour vous habituez à l’idée. Mais n’attendez pas que ce soit trop tard. »

Tegan se rallonge en lui tournant le dos, furieuse.

« De toutes les idées stupides qui sont capables de passer dans votre tête, grommelle-t-elle, celle-ci est la plus… la plus répugnante. »

**********

« Comment vais-je m’y prendre ? » demande Tegan.

Elle avait tenu deux jours de plus avant d’accepter la proposition du Maître. Ce n’est que lorsqu’elle n’avait pas réussi à se lever pour aller boire, ses jambes n’ayant plus assez de force, qu’elle s’était résignée.

« Je vais tailler ici, indique-t-il, en lui montrant son bras. Il va falloir que vous mettiez vos lèvres sur la plaie et que vous aspiriez.

– C’est horrible ! se lamente-t-elle. J’ai l’impression d’être un foutu vampire.

– Juste cinq gorgées, rappelez-vous. Cela devrait vous suffire pour deux ou trois jours. Entre temps, je dois pouvoir reconstituer ce que vous m’avez pris.

– Mais reconstituer avec quoi ? questionne-t-elle. Vous ne mangez rien.

– Avec le reste de mon corps. Je n’ai rien d’autre à ma disposition. »

Elle le regarde attentivement pour la première fois depuis qu’ils sont enfermés. Il a peu maigri. Moins qu’elle en tout cas, qui sent ses clavicules pointer sous sa peau.

« Vous êtes prête ? l’interroge-t-il.

– Non, mais allons-y quand même. »

Elle ressent une profonde aversion. À cause du simple fait d’avaler du sang. Mais aussi parce qu’elle s’inquiète sur l’effet que cela va avoir sur la santé de son compagnon.

À l’aide du couteau, aimablement fourni par l’Administrateur dans l’espoir qu’ils allaient s’entre-égorger, il coupe sa peau au niveau d’une veine et pose immédiatement son pouce dessus pour ne pas perdre une goutte du précieux liquide.

Il lui tend son poignet, et elle pose sa bouche sur la petite entaille. La saveur la surprend. Le goût de fer est bien moins présent que dans le sang humain. Il y a autre chose qui domine sans qu’elle arrive à déterminer quoi.

Lorsqu’elle a fini, il appuie à nouveau avec ses doigts pour clore le trou et lui permettre de cicatriser. Elle ferme les yeux et se laisse aller contre le mur.

« Violette, murmure-t-elle au bout d’un moment.

– Pardon ?

– Je cherchais quel parfum cela me rappelait. Le plus proche, c’est la violette. C’est curieux, non ? Votre sang a le goût d’une fleur, symbole de simplicité, timidité et pudeur. »

Elle rit. Elle se sent un peu ivre, la tête légère.

« Vous êtes saoulant ! » plaisante-t-elle.

Devant son regard surpris, elle éclate de rire à nouveau.

« Je veux dire que je me sens euphorique comme si j’avais bu de l’alcool.

– Ravi que cela vous fasse cet effet », marmonne-t-il.

Elle se redresse et vient s’asseoir à côté de lui. Toujours sous l’emprise de la béatitude procurée par les quelques gorgée du liquide vital, elle lui entoure les épaules de son bras.

« Vous allez bien ? » lui demande-t-elle, soucieuse.

Elle l’embrasse sur la tempe avec une tendresse qu’elle n’éprouvait pas quelques minutes auparavant. Il la repousse doucement.

« Je me demande si je ne préfère pas quand vous me lancez des réflexions désagréables, soupire-t-il.

– Vous savez, lui avoue-t-elle, je ne mentais pas l’autre fois quand je disais que je commençais à vous apprécier. Je crois même que je vous aime bien.

– Je vous promets d’oublier complètement ce qui est en train de se passer et ce que vous me dites actuellement, une fois que vous serez redescendue sur terre, l’assure-t-il.

– Moi non, je n’ai pas envie de l’oublier. »

Elle le serre à nouveau dans ses bras et lui murmure à l’oreille :

« Merci de me donner la vie.

– C’est tout à fait pragmatique, répond-il. J’ai encore besoin de vous. Pour conserver à l’univers son équilibre.

– Je ne vous crois pas, lui chuchote-t-elle. Je pense que vous m’aimez bien aussi.

– Je ne suis pas capable d’aimer, mettez-vous bien ça dans la tête », rétorque-t-il.

**********

Une fois l’euphorie retombée, Tegan avait eu honte de son comportement.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris, s’était-elle excusée.

– Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, lui avait-il répondu, en se concentrant sur la blessure qui commençait déjà à se refermer.

– Merci », avait-elle murmuré.

Au bout de deux jours, elle a besoin d’énergie à nouveau. Avant de commencer à absorber le fluide nourricier, elle demande au Maître de ne pas tenir compte de son attitude dans l’heure qui suit.

Il hoche la tête sans répondre.

« Que se passe-t-il ? s’enquiert-elle, lorsqu’elle a terminé. Vous avez l’air soucieux.

– Je me pose des questions sur ce qu’il est en train de nous préparer. Ça fait trop longtemps que nous sommes là. Et comme nous ne sommes pas tombés dans ses pièges, il ne doit pas beaucoup s’amuser. »

Tegan lève la tête. Elle s’attend à une intervention de l’Administrateur, mais la voix monotone ne se fait pas entendre. Puis elle fronce les sourcils.

« Ne vous semble-t-il pas que le plafond était plus haut ? » interroge-t-elle.

Il se redresse, et tend le bras.

« J’arrive à le toucher, remarque-t-il. Ce n’était pas le cas jusqu’à présent. »

Tegan arpente leur cellule.

« Je pouvais faire trois pas dans chaque sens, dit-elle. Je les ai comptés assez souvent. Maintenant, j’y parviens toujours d’un côté, mais de l’autre mon troisième pas est raccourci.

– Voilà donc la suite des réjouissances, ironise le Maître. Réduire encore plus notre espace vital. »

**********

Tegan halète. Le plafond est descendu si bas qu’il leur permet à peine de bouger. La longueur s’est réduite à la taille du Maître et la largeur les oblige à être collés l’un contre l’autre.

« Un cercueil pour deux », avait-elle à nouveau plaisanté quand les parois avaient cessées de bouger.

La jeune femme commence à manquer d’air. Elle a tendance à paniquer, ce qui en consomme encore plus.

« Tegan, lui souffle le Maître. Ne regardez pas les murs. Regardez-moi, même si ce n’est pas forcément un spectacle très attrayant pour vous. Vous aurez moins la sensation d’enfermement. »

Elle approuve d’un bref mouvement du menton. Il la prend par les joues et colle sa bouche contre la sienne. Elle se débat et gémit :

« Vous croyez que c’est le moment pour…

– Je sais ce que je fais. »

Il lui envoie son souffle qui se révèle agréablement chargé en oxygène.

« Comment faites-vous… balbutie-t-elle.

– J’ai un système respiratoire annexe, souvenez-vous. Quand j’ai compris ce qui se passait, je l’ai rempli le plus possible. Nous pouvons tenir un plus longtemps avec ça. Mais, chut ! Parler épuise plus vite nos réserves. Taisons-nous et respirons le plus tranquillement possible.

– Pour ce que ça va changer à la fin, soupire-t-elle. Nous allons mourir de toute façon.

– Je n’ai jamais raisonné ainsi, et je suis toujours vivant. »

**********

Tegan s’évanouit de plus en plus souvent et reprend à peine connaissance quand le Maître lui fait profiter des dernières parcelles d’air dont il dispose encore.

« Victor », halète-t-elle à demi-consciente.

Il la serre contre lui et chuchote, alors qu’elle ne l’entend déjà plus :

« Nous n’allons pas mourir, Tegan, je te le promets. »

Quelques mètres au dessus d’eux, l’Administrateur regarde les camions qui déversent des tombereaux de terre dans les sous-sols du palais. Tout a été déjà rempli, il ne reste plus qu’un carré de deux mètres trente de cotés sur deux mètres de profondeur environ.

Il fait signe aux véhicules de boucher ce dernier espace. Puis un rouleau vient tasser la terre à cet endroit-là. Il le contemple un instant, puis il laisse tomber :

« Vous ne m’amusiez plus du tout. »

Il s’éloigne d’un pas régulier et mesuré, silhouette grise dans le gris d’une journée ordinaire sur ce monde sans fantaisie.

Quelque part, dans les ténèbres grouillant d’une vie microscopique, deux insectes se frayent un chemin. Ils se glissent dans la moindre fissure, repoussant la terre de leurs pattes. L’un d’entre eux est plus grand, et sa carapace est plus foncée, presque noire. L’autre, plus petit, est plus clair, et suit son compagnon dans les interstices que celui-ci déblaye pour rejoindre la surface.

Chapitre 5 : Grouillement
L’Administrateur regagne son TARDIS. Il n’a plus rien à faire sur ce monde, et d’autres requièrent son attention.

En franchissant le seuil, il voit des insectes qui se glissent dans la machine à sa suite. Avec un cri étranglé, il a d’abord le réflexe de les écraser du pied. Puis, il s’exclame :

« Ah non, pas comme ça ! »

Il se précipite vers l’intérieur et fouille dans un placard rempli d’accessoires de nettoyage rangés au cordeau. En revenant, les bras chargés de toutes sortes de moyens de supprimer la vermine, il s’aperçoit qu’il a oublié de refermer la porte. Les animaux entrent en une file répugnante, les uns derrière les autres, longeant les murs.
Il prend le temps de clore son engin, avant de mettre en route les différents appareils pour éliminer les parasites. Il a satisfaction de voir qu’ils sont tout à fait efficaces. Bientôt, non seulement les insectes tombent morts, mais de plus, ils sont pulvérisés.

Cependant, l’Administrateur prend soin de bien nettoyer le sol de la salle de commande, avant de démarrer pour quitter la planète. Il éprouve une véritable aversion pour tout ce qui est saleté et désordre. Un frisson désagréable parcourt son échine en songeant à ce grouillement d’infâmes bestioles.

Au fin fond de la machine spatio-temporelle, quelques dizaines de petites bêtes ont réussi à s’infiltrer. Menées par deux d’entre elles, elles s’enfoncent toujours plus avant dans le cœur du TARDIS. Puis elles s’arrêtent et s’emploient à la plus importante des tâches pour l’instant : se reproduire.

**********

L’Administrateur matérialise sa boîte, qui n’est plus bleue depuis longtemps. Il sort d’un pas pressé. Ses espions lui ont signalé de dangereuses déviances ici, et il doit y mettre bon ordre.

Au centre de son vaisseau, les femelles pondent à un rythme effréné. Leurs mandibules grattent la moindre trace de matière organique sur les parois qui les entourent, pour nourrir leurs petits et leur permettre de grandir.

Les mâles, après les avoir fécondées, suivent leur chef dans les interstices les plus étroits pour atteindre les parties vitales de l’engin. Des dizaines de petites pattes, chacune trop faible pour mouvoir le moindre objet, s’activent ensemble pour modifier certaines choses et en accomplir d’autres.

**********

L’Administrateur revient dans le TARDIS et le met en route vers sa prochaine destination. Pour la première fois depuis fort longtemps, il a quelques difficultés à le matérialiser exactement où il veut.

« Qu’est-ce qui te prend, vieille carne ? grogne-t-il de sa voix sans timbre. Je t’ai pourtant réparée correctement. »

Il ne fait pas attention à deux minuscules antennes qui surgissent par une fissure plus fine qu’un cheveu. Elles s’agitent, tâtant l’air à la recherche de molécules en provenance du Time Lord. Puis elles disparaissent.

Au sein de la machine vivante, de nouvelles générations arrivent à maturité. Les filles prennent le relais des mères pour engendrer la prochaine couvée, et celles-ci rejoignent les mâles pour les aider dans leurs tâches. Deux des insectes courent dans tous les sens, apportant de précises instructions aux travailleurs.

**********

L’Administrateur ne s’énerve jamais habituellement. La colère, c’est du désordre, des sentiments, ce qu’il déteste par-dessus tout. Mais le TARDIS se montre de plus en plus rétive, et il commence à perdre son sang froid.

« Je vais aller voir ce qui se passe là-dedans », marmonne-t-il.

Ça aussi, c’est quelque chose qu’il n’aime pas faire : s’introduire dans le cœur de sa machine. C’est un endroit bien trop vivant, bien trop fouillis pour lui. Il arrive à oublier ce qui se trouve sous ses pieds la plupart du temps, rassuré par la froideur rectiligne qu’il a imposé aux parties qu’il habite.

Mais si le vaisseau va mal, il faut mettre les mains dans ses entrailles. Il ne pense même plus aux créatures qu’il avait embarquées, voici plusieurs semaines. Pour lui, c’est une histoire terminée. Il les a toutes éliminées, et puis c’est tout.

Avec un petit soupir exaspéré, il ouvre la trappe qui lui permet d’accéder au moteur. Il commence à examiner les câblages, les instruments et, d’abord, tout semble normal. Puis des détails apparaissent. Si minuscules qu’un premier coup d’œil ne permet pas de les repérer.

Il sort une loupe de sa poche et regarde de près les anomalies. Ce sont des dérivations microscopiques, des branchements lilliputiens, des milliers d’assemblages gros comme des fils de la vierge, formant une toile serrée.

Le plus simple serait de les arracher avec ses doigts, mais l’Administrateur est prudent et il n’est pas certain du résultat que cela donnerait. Il faut en comprendre le but, et surtout, trouver qui a fait ça.

« À moins que ce soit toi, ma vieille », adresse-t-il au TARDIS.

Mais j’en doute, pense-t-il. Cela a beau être une machine vivante, elle n’est pas capable de ça.

Il plonge plus encore dans le cœur de l’engin, pour voir jusqu’où vont ces modifications. Plus il avance, plus il y en a. Plus importantes, plus visibles.

« Ah ! »

Le cri de surprise lui a échappé. Sous ses pieds, un grouillement animal qui disparaît en quelques secondes dans les tréfonds des appareillages.

« Ainsi, ça doit être ça, maugrée-t-il. Certains ont dû échapper au massacre, et ils se sont installés là. »

Pourtant, quand il les regarde de près, ces jointures sont si parfaites qu’il lui semble difficile de n’y voir que le travail aléatoire d’insectes se construisant un nid.

Tout à sa réflexion, il ne remarque pas que la machine bouge autour de lui.

Dans les profondeurs, les dizaines de créatures sont devenues des millions. Les femelles elles-mêmes se sont arrêtées de pondre et participent à l’effort commun. Les messagers aussi se sont multipliés, et ils galopent le long des câbles, porteurs de phéromones qui ont un sens.

Lorsque l’Administrateur surprend enfin un mouvement et pense à sortir de ce lieu qui commence à ressembler à un piège, il est trop tard.

Chapitre 6 : Menteur !
« Vous m’avez transformée en cafard !

– Cancrelat. Précisément, c’était un cancrelat.

– Peu importe la bestiole. Vous m’avez transformée en insecte !

– Pour survivre, il faut faire des concessions sur la forme. Si vous saviez en quoi j’ai dû muter parfois, pour m’en sortir ! soupire le Maître.

– En cancrelat ! » répète Tegan sans l’écouter, toujours aussi furieuse.

Elle frissonne, serrant ses épaules dans ses doigts.

« J’ai encore la sensation qu’il me manque une paire de membres, enfin de pattes. Je ne sais plus comment dire. Et j’ai tendance à vouloir frotter avec mes mains, des antennes que je n’ai plus.

– Oui, répond-il tranquillement. Il faut un certain temps pour que les automatismes s’effacent. »

Elle fait quelques pas dans la salle de commande du TARDIS. Dans un sens, puis dans l’autre. Enfin, elle vient se planter à côté de lui et reprend :

« J’ai pondu des œufs, moi ! Des dizaines d’œufs. Des dizaines de sales foutus œufs de bestioles rampantes !

– Au début, le plus important était de devenir plus nombreux, explique-t-il. Chaque femelle était requise pour ce travail.

– Je sais parfaitement tout ça, mais vous auriez pu me l’épargner tout de même ! Et vous savez le pire ? »

Depuis qu’ils ont repris leur forme, humaine pour Tegan, de Time Lord pour lui, il n’a pas encore osé la regarder en face. Il s’occupe à programmer le TARDIS pour le ramener sur Terre. Elle le saisit par sa cravate et l’oblige à tourner la tête.

« Le pire, c’est que je ressentais un véritable amour pour mes insectaux. J’avais envie de m’occuper d’eux comme s’ils étaient des bébés.

– C’est un mot qui n’existe pas, balbutie-t-il.

– Je sais très bien qu’il n’existe pas ! crie-t-elle. Cessez de me prendre pour une idiote !

– Écoutez, tente-t-il de se justifier, je comprends que n’ayez pas aimé ça. Moi-même, ça ne me faisait pas plaisir, croyez-moi. Mais nous avons réussi, non ? Nous sommes vivants. Et nous l’avons enfermé dans son TARDIS qui prendra soin de lui et l’empêchera de nuire. »

Elle le relâche et soupire :

« Vous avez raison. Pardonnez-moi. Mais devenir un de ces insectes rampants qui me dégoûtent, c’était un peu trop, après tout le reste. »

Elle va chercher un siège dans une des chambres et s’assoit près de lui, tandis qu’il finit les derniers réglages.

« Maintenant, expliquez-moi tout, énonce-t-elle. Parce que j’ai un peu de mal à saisir comment tout ça s’est passé. »

Il appuie sur le dernier bouton qui fait démarrer le vaisseau, et s’adosse contre la console.

« Je vous ai donné plusieurs éléments qui ont un peu modifié votre physiologie, commence-t-il. Souvenez-vous : tout d’abord quand j’ai soigné votre jambe, j’ai fait passer dans vos cellules la capacité de régénération des Time Lords. Ce n’était pas volontaire, le processus m’a échappé. Vous avez pu me la redonner, mais votre corps en est resté imprégné, dans une certaine mesure.
Ensuite, ajoute-t-il, en vous faisant boire mon sang, j’ai accentué cette disposition. Vous ne pourrez jamais faire cela toute seule, mais avec mon aide, oui. Quand nous avons été près de mourir tous les deux, j’ai choisi une forme qui pouvait nous permettre de survivre. Il fallait quelque chose de petit, de résistant, qui puisse se glisser partout et soit suffisamment habile pour ce que j’avais prévu ensuite.

– Vous aviez déjà programmé d’entrer dans le TARDIS et de faire tout ça ? s’étonne-t-elle.

– Plus ou moins. Pas de façon précise, mais je savais que nous devions gagner le TARDIS pour repartir de cette planète. Pas loin de nous, il y avait ces insectes. C’était exactement ce dont nous avions besoin.

– Et ensuite, pour redevenir nous-mêmes ?

– C’était plus difficile. Il m’importait peu de retrouver exactement ma forme. J’ai l’habitude du changement. Mais j’ai préféré faire plus d’efforts et user de plus de régénérations, pour que nous soyons tous les deux exactement comme nous l’étions avant. J’ai voulu éviter de vous perturber davantage. »

Tegan est vivement émue. Elle sourit, et en même temps elle sent les larmes lui venir aux yeux.

« Vous êtes un sacré menteur ! lui lance-t-elle.

– Je vous jure que tout cela est vrai ! proteste-t-il.

– Je ne parle pas de ce que vous venez de m’expliquer. Je parle de quelque chose que vous m’avez dit, juste après que j’ai… la première fois que j’ai dû… vous savez. »

Elle fait le geste d’aspirer son poignet.

« Ou vous mentiez à ce moment-là, reprend-elle, ou bien, ce qui est encore plus probable, vous vous leurrez vous-même. »
Elle se lève et déclare :

« Je vais dans la cuisine. Je vais voir si je peux trouver de quoi faire un vrai repas. Ça fait une éternité que nous n’avons pas mangé comme deux bipèdes raisonnables.

– Sur quoi est-ce que je me leurre ? » l’entend-elle murmurer tout bas.

Mais Tegan a l’ouïe fine, et elle lui répond avant de franchir le seuil de la porte intérieure.

« Quand vous m’avez dit que vous n’étiez pas capable d’aimer. »

Partie Trois : Yin et Yang

Chapitre 1 : Retour au quotidien
Le Maître a matérialisé le TARDIS dans le garage de la petite demeure des environs de Perth. Tegan lui avait assuré qu’il y avait suffisamment de place.

Ils gagnent la maison et elle murmure :

« C’est étrange de penser qu’ici, il ne s’est écoulé que vingt-quatre heures. Brian a dormi dans un hôtel hier soir. Il doit croire que je n’ai trouvé la lettre qu’en rentrant de l’aéroport. Dans quelques heures, il va m’appeler pour que nous réglions cette histoire de divorce.
D’ailleurs, ajoute-t-elle en regardant l’horloge de la cuisine, il faut que j’aille au travail. Installez-vous, mais ne partez pas s’il vous plaît, le supplie-t-elle. Donnez-moi le temps de réfléchir à la situation.

– D’accord, répond-il. De toute façon, j’ai des occupations dans le TARDIS.

– Vous n’allez pas faire de mal au Docteur, n’est-ce pas ?

– Pour qui me prenez-vous ? s’insurge-t-il. De toute façon, je ne peux pas. Je déséquilibrerais le cosmos.

– Oh oui, c’est vrai ! soupire-t-elle, soulagée.

– Je n’ai pas réussi à retrouver nos bracelets, explique-t-il. Il a dû les détruire, cette fois-ci. Il faut que j’en fabrique d’autres.

– Très bien. Je me dépêche, je vais être en retard. À ce soir. »

Elle se hâte de gagner sa voiture, et démarre en réfléchissant à ce qui va se passer ensuite.

J’ai quitté le Docteur parce que les voyages avec lui ne m’amusaient plus, songe-t-elle. Trop de morts, trop de stress. Et pourtant je suis repartie, volontairement, pour vivre la même chose avec quelqu’un que je devrais haïr. J’ai maintenant l’occasion de retrouver une vie ordinaire. Mais j’ai goûté à nouveau à la drogue de l’aventure… et je n’arriverais plus à me contenter de mes occupations habituelles. Du moins, pour un certain temps.

Une autre question la préoccupe :

Est-ce qu’il a encore besoin de moi ? se demande-t-elle. Est-ce qu’il est nécessaire que je sois là pour le garder du bon côté ? Après tout, il a agi spontanément d’une façon que l’on n’imaginerait pas de sa part. Non seulement il a utilisé plusieurs de ses régénérations pour soigner ma jambe, mais il l’a fait aussi simplement pour me rendre mon visage. Rien de vital.
Combien lui en reste-t-il, au fait ?
s’interroge-t-elle soudain. J’ai cru comprendre qu’ils en avaient douze, ce qui fait treize vies. Le Docteur, enfin l’Administrateur, en est à la dernière. Mais lui ? Il en a utilisé pas mal dernièrement. Y compris pour que je reste la Tegan que j’ai l’habitude de voir dans le miroir.

**********

« Oh, ma chérie, comme je te plains ! Les hommes sont tous des chiens, je l’ai toujours dit ! »

Tegan sourit tristement à sa collègue de travail qui la regarde avec des yeux pleins de fausse compassion.

Pour elle, Brian c’est déjà de l’histoire ancienne. Mais elle doit mimer le chagrin pour justifier sa défection de la veille. Que son mari la quitte, avait été le prétexte idéal pour expliquer son absence.

La journée est difficile à supporter. Tout le monde l’agace. Son chef, ses confrères, ses élèves. Leurs petites préoccupations quotidiennes lui semblent mesquines. Elle doit même se retenir pour ne pas gifler une gamine qui papote à tort et à travers. Elle qui était la patience même avec ces jeunes filles !

Qu’est-ce qui m‘arrive ? songe-t-elle. Je ne vais pas pouvoir me couler à nouveau dans la vie de tous les jours. Il vaut mieux que je reparte. Jusqu’à ce que je me lasse à nouveau.

En sortant de l’aéroport, elle se dirige vers le super marché. Les placards sont vides, et il y a trois estomacs à remplir à la maison, maintenant. Au moins pour quelques jours.

Là aussi, tout l’exaspère. La lenteur des gens dans les rayons, l’emplacement de ceux-ci, la queue à la caisse. La caissière lui paraît particulièrement empotée. Elle se met à rêver de réorganiser tout ça. Prendre la tête de la grande surface et faire marcher les choses à sa manière.

En déposant les paquets dans son coffre, elle s’étonne de ces étranges pensées. Certes, il lui est déjà arrivé de s’énerver dans des magasins. Mais jamais de vouloir remédier elle-même à leur gestion.

On aurait dit l’Administrateur, songe-t-elle avec un frisson.

La route de retour lui paraît interminable, les automobilistes stupides. Le chemin de terre qui mène chez elle est défoncé depuis longtemps. Elle râle :

« Cela fait des années que les grands pontes de la citée promettent d’arranger ça, et ils ne le font pas ! Nous aurions bien besoin de quelqu’un de plus autoritaire à la tête de la municipalité. »

Elle est en train de sortir les sacs de courses de la voiture, quand une voix l’interpelle :

« Mme Henson ! Heu… Tegan ! »

Oh, non ! pense-t-elle aussitôt. La vieille d’à côté ! Je ne la supporterais pas ce soir !

Cependant, l’habitude d’être aimable la fait se tourner vers la vieille dame, avec un sourire crispé sur le visage.

« Oh, la brave petite ! s’écrie celle-ci. Comme vous êtes courageuse ! Moi, à votre place, je serais effondrée. »

Tegan met quelques secondes à réaliser qu’elle parle de l’abandon de Brian, tout en se demandant comment elle peut déjà être au courant. La jeune femme remplace aussitôt le sourire par un air attristé. En même temps, elle bout intérieurement. Tout en échangeant des banalités avec son envahissante voisine, elle imagine mettre les mains autour de son cou fripé et serrer lentement.

Finalement, elle parvient à se débarrasser de la bavarde, en prétextant des démarches à faire – « beaucoup de paperasse, vous savez ». Elle emporte ses achats le long de l’allée.

**********

Mme Atkins regarde Tegan remonter le sentier, chargée de ses paquets. Vers le milieu du chemin, elle la voit faire un pas de côté et donner un sec coup de pied.

Intriguée, la vieille dame, dont la curiosité n’est pas le moindre défaut, ouvre le portail de bois et va inspecter l’endroit où a eu lieu l’incident. Elle aperçoit un lézard écrasé. Il bouge encore et la forme du talon de la jeune femme est imprimée en rouge sang sur les dalles.

Mme Atkins repart lentement vers chez elle, dubitative.

**********

« Ah, Brian ! s’exclame Tegan.

Ma chérie, murmure la voix de son mari au téléphone. J’imagine que tu dois être furieuse contre moi. Je ne saurais dire à quel point je suis désolé de ce qui arrive. On ne s’y attend pas, vois-tu. Je veux dire à rencontrer la bonne personne, alors qu’on pense l’avoir déjà trouvé. J’ai honte de ma lâcheté, crois-moi.

– Je ne suis pas furieuse répond-elle tranquillement. Quand vas-tu venir chercher tes affaires ? Je suppose que tu as déjà tout prévu, pour les documents du divorce.

Eh bien, balbutie-t-il, un peu décontenancé. Oui, j’ai déjà bien avancé le processus. J’ai pensé que cela t’éviterait des démarches douloureuses.

– Le plus tôt sera le mieux, le coupe-t-elle. Je n’en ai pas encore eu le temps, mais je vais me mettre immédiatement à emballer tes vêtements. Que veux-tu prendre exactement ?

Je…

– Tes vêtements, tes outils, énumère-t-elle, tes machins de bowling, tout ton barda moisi de l’armée, tes stupides revues sur la pêche en mer… Bref, prends ce que tu veux, même dans nos possessions communes, mais surtout fais vite. Je veux que tout ça disparaisse dans la semaine, OK ?

Oui, bien sûr, bredouille Brian. Je viens dès aujourd’hui. Tout de suite, si tu veux. »

Tegan pense à la cabine de police grise dans le garage, mais elle hausse les épaules. Qu’importe après tout.

« Parfait », énonce-t-elle.

Et elle raccroche sèchement.

**********

« Ça n’avance pas vite », remarque Tegan le surlendemain.

Le Maître lève les yeux des minuscules pièces qui composent les deux bracelets temporels qu’il est en train de fabriquer. Pour l’instant ce ne sont que deux cercles de fils métalliques qui forment une fine résille. Il commence juste à remplir cette structure avec les appareillages miniatures.

« Je dois me procurer les matériaux ailleurs que sur Terre, répond-il.

– Vous voulez dire que, pendant que je suis au travail, vous partez avec le TARDIS ? grogne-t-elle.

– Et le soir, je suis à nouveau là, n’est-ce pas ? »

Il la regarde d’un air un peu inquiet. Son visage a une expression dure qui ne lui est pas habituelle.

« Le retour au quotidien est difficile ? demande-t-il.

– Vous n’avez pas idée à quel point ! J’ai de plus en plus de mal à me retenir d’en frapper un tellement ils m’horripilent tous. »

Elle frotte ses mains nerveusement l’une contre l’autre. Puis elle lui tourne le dos brusquement :

« Je vais faire le repas, annonce-t-elle. J’ai acheté un poulet vivant à la ferme sur la route. C’est moins cher et ce sera meilleur que celui de la grande surface.

– Vous voulez que je me charge de… commence-t-il.

– Pas la peine, le coupe-t-elle. Je m’en occupe. »

Il la regarde sortir avec un léger froncement de sourcil. Tegan, tuer un animal ? Il l’a déjà vu faire un pas de côté pour éviter de marcher sur une petite chenille dans la forêt, après qu’ils aient échappés au volcan. Et dire : « Pauvre petite bête ! Elle a survécue au cataclysme, je ne vais pas lui ôter la vie en l’écrasant. »

**********

Quittant quelques minutes son délicat travail, le Maître rejoint la salle de la console, qui a retrouvé un aspect bien moins rigide et terne. Le décor reste sobre, mais avec une certaine classe. Les couleurs sombres dominent, ainsi que les formes simples.

Il allume un écran qui lui montre le lieu où l’Administrateur est enfermé. C’est un endroit assez vaste, mais que son occupant actuel a découpé en de nombreuses petites pièces toutes semblables, toutes aussi impersonnelles. Il semble se complaire dans cette atmosphère clinique et froide.

Le TARDIS lui a donné accès à la bibliothèque pour qu’il ne s’ennuie pas, mais il ne profite pas de cette opportunité. Il a passé la plupart des quelques journées qui se sont écoulées à méditer.

Le Maître branche le son et le questionne :

« Tu as des milliers de livres et de médias divers à ta disposition, tu le sais ?

– Inutile de jouer la comédie avec moi, lui répond l’Administrateur de sa voix monocorde. Je ne suis pas la naïve Tegan à qui tu fais croire que tu as changé.

– Je ne la trompe pas. Je lui ai bien précisé que je me sentais exactement le même.

– Alors, tu es encore plus habile que ce que je pensais, rétorque le prisonnier. Tu n’as pas perdu ton côté manipulateur. Ce que tu peux faire d’elle m’est bien égal de toute façon. Tout ce que je veux, c’est ma liberté et j’y arriverai. Le TARDIS est à moi, souviens-toi. Je la connais, et je trouverai un moyen de sortir de là. Ce jour-là, aucun endroit dans l’univers ne sera assez sûr pour toi… et pour elle non plus. »

Le Maître coupe le son. Il laisse encore l’image quelques minutes, le temps de constater que le captif reste toujours dans la même position : les coudes appuyés sur la table, le menton dans ses paumes. Il se tourne juste une fois vers l’objectif et semble regarder le Maître. Ses yeux gris ne reflètent aucune pensée. On dirait presque des yeux de verre, tellement ils manquent d’expression.

« Je n’ai pas de sympathie pour le Docteur, murmure le Maître. Je l’ai même haï de toute mon âme. J’ai souhaité souvent le voir souffrir et mourir. Mais qu’il soit devenu ça… C’est pire que la mort. »

Chapitre 2 : Basculement
« Venez vite, M. Tindall ! Tegan se comporte bizarrement, je crains un incident ! »

Le directeur de l’école suit rapidement sa secrétaire dans les couloirs.

« C’est une élève qui est venue me prévenir, lui précise l’employée.

– Que se passe-t-il ? » interroge son supérieur.

Elle n’a pas le temps de répondre. Ils arrivent à la porte de la classe, au moment où une jeune fille la franchit à grande vitesse, propulsée par une Tegan furieuse.

« Mme Henson, Mme Henson, calmez-vous je vous en prie ! s’exclame le directeur.

– Ne m’appelez plus Mme Henson ! grince l’interpellée. Cet abruti m’a laissé tomber pour une gourde qui a un cul gros comme l’arrière d’un camion !

– Allons dans mon bureau », propose l’homme en la prenant doucement par le bras.

Quelques minutes plus tard, la jeune femme fait les cent pas dans la pièce comme un animal dans une cage trop étroite.

« Cette idiote était en train d’écrire des messages à son amoureux au lieu d’écouter mon cours ! vocifère-t-elle.

– Je conçois, murmure son supérieur, que cette jeune fille se soit mal comportée. Mais la tirer par les cheveux jusqu’à la porte, cela me paraît un peu excessif.

– Elle n’a eu que ce qu’elle méritait », affirme Tegan.

Elle se plante devant lui, les bras croisés, une expression butée sur le visage.

« Écoutez, heu… Tegan, bredouille-t-il, gêné par le regard insondable qu’elle lui jette. Voici ce que nous allons faire : vous avez peut-être un peu trop présumé de vos forces en continuant à venir travailler. Le passage difficile dans votre vie privée… Enfin, que diriez-vous de prendre quelques jours de congés ?

– Très bien, rétorque-t-elle. Je pense même que je vais vous donner ma démission.

– Peut-être devriez-vous attendre un peu avant de prendre une décision aussi radicale », répond-il, un peu choqué par les paroles de son employée.

Avec un grognement, Tegan lui tourne le dos et sort, le saluant d’un vague au revoir.

M. Tindall reste un instant immobile, contemplant la porte qui vient de se refermer sèchement. Il soupire :

« Je la recontacterai dans quelques jours. Peut-être qu’un suivi psychologique lui serait nécessaire… Ça m’ennuierait de perdre une si bonne enseignante. »

**********

Mme Atkins guette à sa fenêtre comme d’habitude, même s’il ne se passe grand chose dans la journée. Aussi, elle ne rate pas l’arrivée prématurée de sa voisine.

Tiens, pense-t-elle. Pourquoi rentre-t-elle si tôt ? Oh, tant mieux, mon pudding est juste à point, je vais le lui porter.

« Tegan, la hèle-t-elle saisissant rapidement son assiette, je vous ai préparé…

– Je n’ai pas le temps, Mme Atkins, la coupe la jeune femme. Gardez vos gâteaux légers comme des parpaings. Ils ont toujours été immangeables de toute façon. »

Elle remonte l’allée au pas de charge, laissant la vieille dame éberluée, la bouche encore ouverte et son plat soigneusement recouvert d’une serviette dans les mains.

**********

Ce soir-là, le Maître arrive dans le salon. Il est un peu étonné de ne pas avoir entendu Tegan taper à la porte de son laboratoire, comme elle le fait habituellement lorsqu’elle revient du travail.

Il la trouve assise à la table, plusieurs tas de feuilles griffonnées de divers graphiques, étalés devant elle.

« Ah ! s’écrie-t-elle quand elle le voit entrer. L’homme de la situation ! Je voudrais savoir ce que vous pensez de ça, ajoute-t-elle en désignant les feuillets.

– Qu’est-ce que c’est ? demande-t-il.

– Lisez », lui intime-t-elle.

Il tourne les pages rapidement, puis il lève les yeux vers elle.
« Ce n’est pas vous qui avez écrit ça ! s’exclame-t-il.

– Bien sûr que si ! rétorque-t-elle. C’est bien mon écriture, non ? Quoi que, elle est un plus énergique que d’habitude. Eh bien ? Qu’en dites-vous ? Vous avez déjà une bonne expérience en la matière et vous pourrez m’aider.

– Je vois… balbutie-t-il, en sortant un feuillet et en désignant une ligne du doigt, je vois là : "faire assassiner tous les dirigeants politiques et financiers". Ce n’est pas vous qui prévoyez ça, n’est-ce pas, Tegan ? »

Elle hausse les épaules.

« C’est indispensable. Il faut faire place nette. Cette planète a besoin de dirigeants forts, capables de réduire à néant le désordre qui règne partout. »

Elle vient se planter devant lui et questionne :

« Ne me dites pas qu’une telle action vous gêne ! Je n’en croirais rien.

– Elle ne me gênerait pas… si c’était moi qui la projetais. Mais vous, Tegan ! Vous ! Vous n’êtes pas ainsi. Pourquoi suis-je venu vous chercher pour me guider ? Parce que je connaissais votre caractère, votre bonté, votre compassion…

– Oh ! Arrêtez cette écœurante énumération de qualités qui n’en sont pas, le coupe-t-elle. On n’obtient rien en étant bon. L’efficacité a un coût. Il faut des personnes déterminées, prêtent à l’assumer. Vous et moi en sommes capables, n’est-ce pas ?

– Vous n’êtes pas dans votre état normal, Tegan. Le choc a peut-être été plus important que je ne pensais…

– Cessez les jérémiades et mettons-nous au travail ! l’interrompt-elle à nouveau. La pagaille qui gouverne ce monde a vraiment assez durée. Il faut y mettre un terme le plus vite possible. »

Elle ajoute d’une voix sourde, les yeux illuminés :

« C’est pour leur bien, comprenez-vous. Les gens sont stupides et ne savent pas ce qui est bon pour eux. »

Il la saisit délicatement par les bras. Il lui parle doucement :

« J’ai compris ce qui se passe, Tegan. C’est de ma faute. J’ai trop utilisé de mes régénérations sur vous. Je vous ai imprégné de mon esprit. Nous allons trouver comment y remédier. Vous aller redevenir la Tegan que j’aim… »

Il se tait, réalisant soudain ce qu’il est en train de dire.

« Dont j’ai encore besoin », corrige-t-il.

Elle se dégage de son emprise et recule.

« Si vous ne voulez pas m’aider, siffle-t-elle, je saurais bien y arriver seule. Je n’ai pas besoin de vous ! »

Avec une étonnante vivacité et une grande précision, elle saisit le lourd cartable où se trouvent ses cours et le lui lance à la tête. Il tente de l’esquiver, mais il n’est pas assez rapide.

Pendant qu’il se remet debout, un peu sonné, il entend le claquement rapide de ses talons à l’extérieur, et cette phrase qu’elle marmonne pour elle-même :

« Mais la première chose à faire, c’est de me débarrasser du Docteur. Il est trop malin et sournois. Il ne pourra m’apporter que des ennuis. »
Modifié en dernier par Umanimo le 16 Nov 2013, 12:42, modifié 6 fois.
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Re: L'Administrateur [Partie 2 chapitre 2]

Messagepar Umanimo » 21 Oct 2013, 15:47

Chapitre 3 de la partie 2 publié.
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Re: L'Administrateur [Partie 2 chapitre 3]

Messagepar Umanimo » 22 Oct 2013, 14:15

Chapitre 4, partie 2 posté.
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