Walter Smith [Terminée]

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Umanimo
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Walter Smith [Terminée]

Messagepar Umanimo » 26 Juin 2012, 15:27

Ma première fan fiction Doctor Who écrite il y a quelques mois.

Titre : Walter Smith

Résumé : Qui est ce mystérieux personnage et quel est son rapport avec le Docteur ?

Spoilers : Avoir vu le début de "End of Time".

Disclaimer : Le personnage du Docteur appartient à la BBC.

Alone

Walter se pousse contre le flanc chaud de la vache et enfouit son nez dans les poils odorants. Il sent le mufle humide de l’animal effleurer ses cheveux.

Cela fait plusieurs mois qu’il a été expulsé du lit familial et invité à dormir à l’étable et il ne s’en plaint pas. Il s’y trouve mieux et la douce bête est le seul être à la ferme à lui donner un peu de chaleur et d’amitié. Et parfois quelques gouttes de son lait.

Il attend le printemps. Lorsqu’il sera possible de passer la nuit dehors sans geler sur place, il s’enfuira.

Il planifie cette fuite depuis l’automne. Depuis que « Ma » l’a frappé si fort, parce qu‘il n’accomplissait pas ses corvées assez vite, qu’il n’a pas pu se servir de son bras gauche pendant plusieurs semaines. Ce jour là il a compris qu’il y avait du danger à rester à la ferme. Un danger de mort. Mais il a dû patienter tout l’hiver.

Puis le printemps est arrivé et Walter fait ses derniers préparatifs. Tous les jours il dérobe les objets dont il peut avoir besoin. Le couteau de grand frère Da. Celui-ci a accusé Bo et ils se sont battus au milieu de la cour. Il prévoit de prendre les sabots de Tush au dernier moment, leur disparition aurait éveillé les soupçons.

Tush a deux ans de moins que lui, mais Walter est si menu que les sabots de Tush lui vont parfaitement. Il prendra aussi des vêtements. Les siens ne sont que des haillons.

« Demain » songe Walter. Il caresse longuement le ventre de la vache, sachant que c’est la dernière nuit qu’il passe avec elle.

Il s’endort rapidement, épuisé de sa longue journée de corvées. Au matin il va devoir se lever le premier pour rallumer le feu et préparer le repas pour tout le monde. Puis il continuera ainsi jusqu’à tard le soir. « Ma » lui trouve toujours quelque chose à faire.

Le lendemain, au coucher, il guette les bruits de la maison. L’étable n’est séparée de la pièce à vivre que par une cloison à claire voie. Il entend bientôt les ronflements caractéristiques de « Ma » et « Pa » s’élever, accompagnés des souffles réguliers des cinq autres enfants.

Entrer dans la pièce, finir de ramasser ce dont il avait besoin ne lui prend qu’un instant. Il a déjà repéré l’emplacement exact des objets pour ne pas avoir à chercher. Puis il regagne l’étable, caresse une dernière fois la grande vache brune et se glisse dehors. Un sac en grosse toile accroché à l’épaule, les sabots à la main, il s’efforce de s’éloigner sans faire de bruit, malgré son envie de se mettre à courir.

Il marche toute la nuit, sur l’extrême bord du chemin, prêt à se jeter dans la forêt à la moindre alerte. Au matin, quand le jour commence à poindre, il se glisse entre les arbres, trouve un buisson assez épais et s’y cache. Après avoir grignoté un bout du pain qu’il a pris, il s’enveloppe dans les hardes et s’endort, fatigué de sa longue marche nocturne.

Il continue ainsi plusieurs jours, marchant la nuit, dormant le jour. Il lui fallait être sûr que ni « Ma » ni « Pa » ne pourraient le rattraper. Le pain a duré cinq jours. Il complète par des baies, des feuilles qu’il sait comestibles, des racines. Tout ce qu’il a appris à reconnaitre pour mangeable dans la forêt. Il a une longue pratique de la recherche de trucs mangeables. A la ferme on ne lui donnait jamais assez de nourriture.



GrandMère

Walter regarde le bucher embrasé qui éclaire la nuit. Il est assis sur le petit banc à côté de la porte de la cabane. Il ne sait pas s’il éprouve du chagrin. GrandMère était vieille, très vieille, plus de 130 ans lui a-t-elle dit. Elle avait prévu sa mort et planifié ce qui allait se passer après depuis longtemps. Il était habitué à cette idée. Sauf que maintenant c’est réel.

Lorsqu’il est arrivé ici, voici 5 ans, après s’être enfuit de chez lui, il était un enfant malingre, ignorant, n’ayant jamais connu l’affection. Il est arrivé près de cette clairière par hasard et GrandMère l’avait tout de suite adopté. On aurait dit qu’elle l’attendait.

Il se souvient encore de ce jour là. Il avait longuement hésité à s’approcher de la cabane qui avait l’air d’être faite de tout les débris que l’on peut trouver dans les bois ou aux alentours d’une maison négligée. Lorsqu’il s’était approché de la porte, il l’avait trouvé entrouverte et la voix de GrandMère l’avait interpelé de l’intérieur. « Entre, avait-elle dit. Il y a un bol de soupe sur la table ». Ces mots magiques : « bol de soupe » l’avaient décidé et depuis il bénissait tous les jours ce moment.

GrandMère, depuis ces 5 années, avait été tout pour lui. Une Grand-Mère, une Mère, une Amie, un Professeur. Il avait tout appris à ses côtés. A reconnaitre les bonnes plantes dans la nature. A savoir à quoi elles servaient. A en cultiver certaines. A composer des médicaments à partir d’elles. A reconnaitre les maladies et les diverses souffrances des hommes et des femmes. A les soulager ou y mettre un terme lorsque c’était possible.

GrandMère était guérisseuse. Certains la disaient Sorcière car l’efficacité de ses soins leur faisait peur. Walter s’était montré un élève très doué. Tellement doué même que, deux ou trois ans après son arrivée, il commençait déjà à suggérer des modifications dans les formules pour les améliorer. Depuis un an, tous ceux qui venaient, parfois de très loin, consulter GrandMère, venaient aussi pour lui. Et même uniquement pour lui.

Walter se lève et étire ses longues jambes. Depuis quelques temps il a l’air d’un échassier, grandissant trop vite par là, pas assez vite ailleurs. Le bucher jette ses dernières lueurs. GrandMère est retournée là où elle souhaitait être : dans la terre, où elle nourrira à son tour les plantes qui l’ont nourri et soigné. Il rentre dans la cabane qui a toujours l’air plus grande et plus propre à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Il fait son bagage. Quelques vêtements, les flacons de médicaments les plus courants dont les formules sont toutes dans sa tête. La précieuse fiole de la potion de longévité que GrandMère a inventé et qu’elle a pris tous les jours depuis l’âge de 30 ans prend place dans une petite sacoche accroché autour de sa taille. La formule est aussi dans sa tête.

C’est aussi pour ça que Walter quitte ce lieu. Il a soif d’apprendre. D’apprendre à lire et écrire d’abord, car il ne sait pas. Elle ne savait pas non plus. Tous le savoir de GrandMère est oral. Il veut devenir un vrai médecin avec un diplôme. Et pour ça il doit aller à Londres. Un peu moins de 300 km l’en sépare, mais il devra mettre plusieurs années pour les parcourir. On ne fait pas d’études pour devenir médecin à 11 ans.

Il jette son sac sur son épaule et prend le chemin vers la plus proche bourgade. Il le fait sans regarder une dernière fois cette clairière, cette cabane où il est devenu un être humain.



A wandering life

Walter, les larmes aux yeux, se hâte sur le chemin qui sort de Pruse. Il est très tôt le matin, il fait encore nuit, il est parti à pieds, il est parti comme un voleur sans avertir personne. Parti de la ville qui l’a accueilli comme un des siens depuis 25 ans. Il avait cru enfin avoir trouvé une vie stable, l’amour, une famille. Il était arrivé ici après avoir parcouru toute l’Europe. Il avait traversé le Bosphore et s’était enfoncé dans ce pays qu’il avait aimé au premier regard.

Rageusement, Walter essuie ses yeux, rajuste la lanière de son sac sur son épaule et allonge le pas. Comment a-t-il pu y croire ? Comment a-t-il pu croire que passer une frontière suffirait à lever la malédiction ? Depuis qu’il a quitté l’Angleterre à l’âge de 20 ans, son diplôme de médecin en poche, prêt à découvrir le monde, il n’a cessé de fuir.

A chaque fois il s’installe quelque part, se fait rapidement connaitre, forme une clientèle. Très vite il a des connaissances, des amis, des amies aussi parfois. Sa réputation grandie. Mais son ombre dérange les médecins déjà installés. On l’accuse d’être un sorcier. Et le coup de grâce arrive toujours après quelques années. « Ce Walter Smith est étrange, il ne vieillit pas ». L’accusation de sorcellerie commence alors à trouver une base solide sur laquelle s’appuyer. Walter Smith ne vieillit pas. Il est resté tel qu’il était lorsqu’il est arrivé, 10 ou 15 ans plus tôt. Il ne reste plus qu’à disparaitre. Aller ailleurs. Recommencer.

Ici à Pruse il y a cru. Pas d’autres médecins jaloux de ses capacités, pas d’accusation de sorcellerie. Il a rencontré une femme dans la petite communauté chrétienne de la ville. Ils se sont aimés, ils se sont épousés. Ils ont fait quatre enfants. Trois garçons et une magnifique fille. Il s’était complètement intégré à la famille de Ilana.

Lorsqu’il a épousé Ilana, elle avait 20 ans. Lui avait l’air d’en avoir 25 tout au plus. En réalité il en avait déjà plus de 90. Seulement Ilana avait vieillit, ses enfants avaient grandi. Et de plus en plus il avait eu l’air d’être le petit frère, puis le fils de sa femme et avoir le même âge que ses enfants. A 45 ans Ilana est encore belle et il l’aime toujours. Mais cela fait plusieurs années qu’elle le regarde avec méfiance et ressentiment.

La famille, les parents d’Ilana qu’il croyait connaitre et en qui il avait toute confiance le regardent de travers. On ne comprend pas. Et ce qu’on ne comprend pas fait peur. Qui est-il ce Walter Smith ? Pourquoi a-t-il toujours ce visage lisse, cet air de jeunesse ? A 50 ans avoués on lui en donne tout juste 30. Mais quel âge a-t-il en réalité ?

La veille, il a surprit une conversation entre les deux frères d’Ilana. Et il a compris qu’il devrait partir à nouveau, reprendre sa vie d’errance s’il ne voulait pas finir un poignard dans le cœur ou attaché au fond d’un cachot pour le reste de ses jours. Le simple bonheur d’une vie familiale n’est pas pour lui. Il est celui qui passe et ne reste pas. Il est celui qui soigne, guérit, sauve des vies et disparait.


Dying ou not dying ?

Walter serre les plis du drap dans ses mains tremblantes. Il va mourir. Il le sait et n’éprouve aucune inquiétude. Il a bien vécu. Et longtemps. Plus longtemps qu’aucun homme auparavant. Dans quelques jours il aurait fêté ses deux cent dix années. Et plutôt forme jusqu’à il y a trois jours, malgré son corps usé. Là, la vieillesse et la mort l’ont rattrapé.

Cette extraordinaire longévité il pense la devoir à la potion miraculeuse dont GrandMère lui a donné le secret et qu’il prend tous les jours depuis ses six ans. Il a bien vécu. Il a passé toute sa vie à soigner les corps souffrants et aussi un peu les âmes par le réconfort qu’il a apporté aux derniers instants de tant de personnes.

Et il va mourir seul. La servante qui, depuis quelques jours, lui sert aussi de garde malade, est sortie. Il n’est pas bien sûr d’en avoir compris la raison. Ca n’a pas d’importance. Il ne craint pas de mourir seul. Il se sent apaisé. Son corps lui parait devenir léger. Il ferme les yeux et se laisse aller en souriant. Son très vieux visage rayonne de sérénité. Un dernier souffle quitte ses lèvres et son cœur s’arrête.

Dans la chambre silencieuse et sombre, les rideaux tirés sur la journée printanière, une lueur apparait, venant du lit. Le cadavre du vieillard semble comme éclairé de l’intérieur. Une lueur qui augmente, visible surtout au niveau du visage et des mains, mais qui brille même à travers le vêtement de nuit.

Soudain le corps s’arque, rejetant les draps qui glissent à terre, ne reposant plus que sur la nuque, les talons et le dos des mains écartées en croix. La lueur est devenue un torrent de lumière. Un éclat doré se déverse sur les murs de la chambre. Cela dure à peine plus d’une minute. Le corps s’affaisse, la lueur disparait.

Walter se redresse brusquement dans son lit, prenant une grande inspiration, la bouche et les yeux ouverts. Ses lèvres articulent « Mais… que… ». Il passe les mains sur son visage, lisse, sans une ride. Il regarde ses mains, qu’il avait l’habitude de voir noueuses, tavelées et il découvre des mains de jeune homme, presque des mains d’enfant.

Il saute du lit avec une vigueur qu’il avait oublié. En deux pas il est à sa table de toilette, agrippe le petit miroir qui lui sert à se raser et contemple le presque adolescent qui lui renvoie un regard stupéfait. Il se laisse tomber sur la chaise et détaille ce visage qu’il ne connait pas. Jeune il était roux foncé, avec des cheveux bouclés, les joues parsemées de tâches de son, l’œil brun et la peau claire.

Ce qu’il voit maintenant, c’est un homme brun, aux cheveux raides et hirsutes, aux yeux verts, pourvu d’un grand nez busqué. Il fronce d’épais sourcils et se trouve l’air méchant. Puis il sourit largement et découvre une rangée de dents parfaites. Une ombre de barbe assombrit à peine ses joues. Il a l’air d’avoir 17 ans tout au plus.

Walter n’a pas vécu tant d’années dans des situations souvent complexes et difficiles, où il fallait parfois prendre des décisions essentielles en quelques secondes, sans avoir une grande capacité d’adaptation. Il ne sait pas ce qu’il lui est arrivé, mais il sait une chose : quand la servante va revenir et trouvera à la place de son vieux maître qu’elle a quitté mourant, un jeune homme inconnu, il sera impossible de lui expliquer ce qui s’est passé. D’autant que Walter ne comprend pas lui même ce qui s’est passé.

Il bondit de sa chaise, ramasse son sac de voyage, et y fourre rapidement les objets les plus importants à ses yeux : son cahier de recettes médicales, les ingrédients servant à préparer la potion miracle de GrandMère, le flacon qui la contient. Il ajoute quelques vêtements et objets de toilette.

Puis il s’habille, fait le constat désagréable que ses vêtements ne lui vont plus. Tout est trop petit et trop large. Tant pis, il se rachètera une garde robe. Ah, de l’argent ! Bien sûr, il lui en faut, au moins pour démarrer. Le coffret contenant les quelques pièces de monnaie pour le quotidien est vidé dans ses poches. Il récupère aussi le document qui lui permettra de retirer de l’argent chez son banquier.

Il est prêt, ouvre prudemment la porte et se trouve nez à nez avec la servante qui rentre. Celle-ci pousse un cri. « Qui êtes vous ! » Puis avisant le sac aux mains de Walter, elle hurle « Au voleur ! ». Il se jette dans l’escalier, sautant chaque palier en deux enjambées. Passant la porte de la rue, il entend encore les hurlements de la servante « A l’assassin ! Mon maître ! Mon maître ! Qu’a-t-il fait de mon maître ! »



The Great War

Walter se réveille en sursaut. Il se lève immédiatement de l’inconfortable lit de camp et jette un coup œil à sa montre. Il a dormit deux heures. A nouveau frais, il va pouvoir se remettre au travail pour 24 heures de veille. Il s’étire rapidement et gagne la tente du poste médical avancé où l’attendent de nombreux blessés. Mais il fait auparavant un détour par la roulotte où Miss Cathy, la cantinière, tient toujours au chaud, pour lui, un repas qu’il consommera sur le coin d’une table en plaisantant avec elle.

Dans son nouveau corps, acquis il ne sait pas encore comment, en 1770, après que l’ancien soit mort de vieillesse, il plait aux femmes. C’est plutôt agréable et surtout très utile. Il s’en est aperçu immédiatement après s’être enfui de sa maison. Se sentant faible et affamé après cette étrange transformation, il s’était arrêté dans une auberge et la servante n’avait cessé de lui faire des sourires chaleureux et même au creux de l’oreille une proposition sans ambiguïté qui l’avait étonné. Depuis ça n’a jamais cessé. Même aujourd’hui, 137 ans après, alors qu’il a l’air d’avoir une cinquantaine vigoureuse, il n’a aucun mal à obtenir ce qu’il veut d’une femme. Cela le surprend toujours autant.

Ces 137 années il les a passées sur les champs de bataille. Médecin de guerre. Toujours en première ligne, toujours partant pour les missions les plus dangereuses, les postes les plus avancés, les plus près des lignes de front. Et des guerres, il y en a eu entre la fin du XVIIIème siècle et ce début de XXème. De la guerre d’indépendance Américaine aux campagnes Napoléoniennes, d’Europe en Asie et d’Amérique du Sud en Afrique il les a presque toutes faites, sautant d’un continent à l’autre à la recherche d’une réponse. S’il mourrait de nouveau, est-ce que le phénomène se reproduirait ?

Mais il faut croire qu’il a de la chance. Blessé de nombreuses fois, il s’en était toujours sortir vivant. Et le voila, aujourd’hui, dans le plus grand conflit que la Terre ait porté, la Der des Der, la guerre pour que cessent toutes les guerres, pataugeant dans la boue et les morts depuis trois ans. Son expérience des blessures causées par toutes sortes d’armes s’est forgée au long de toutes ces années passées au côté des soldats atteint dans leur chair. Il peut jauger d’un seul regard la capacité de survie d’un individu et ce qu’il faut faire pour l’aider. Rapide, efficace et cependant humain, il lui arrive de rester plusieurs heures à tenir la main d’un mourant qui a peur.

Son repas avalé, il se dirige maintenant vers le poste médical. Il n’a pas encore mis sa blouse et porte des vêtements militaires récupérés par ci par là. Un sifflement caractéristique retenti. Un obus. Il a l’habitude de ce bruit. Sauf que … sauf que celui-ci est près, tout près, trop près. Walter lève les yeux et dit « Oh, merde ! ». L’explosion le projette en l’air. Son corps voltige et retombe tandis que toutes sortes de débris se déversent sur lui l’ensevelissant presque entièrement.

Dans le camp, c’est la panique. Une heure et demi d’affolement avant qu’un semblant d’ordre commence à régner à nouveau. Les valides partent à la recherche des blessés et des morts. On note l’absence du médecin chef, Walter Smith. Dans ce moment où sa présence, avec ses compétences, son calme dans les pires situations et sa capacité d’organisation, serait si précieuse, il a disparu. On ne retrouve même pas son corps.

Parmi les blessés, un jeune soldat, habillé de bric et de broc intrigue tout le monde. Personne ne sait qui il est et il n’a pas d’identité. C’est un blondinet, un peu gras avec un visage poupin et des cheveux fins et rares. Il n’a aucune blessure apparente, mais ne se réveille pas. Il dort trois jours, surprenant tous les médecins venus l’examiner. Et le quatrième jour, son lit est vide. Il est parti sans qu’on sache qui il était. Probablement un déserteur.


Regeneration ?

Walter monte en soufflant les marches du métro. Il pousse à la limite de ses capacités son corps trop gras qui ne répond pas toujours comme il le voudrait à ses désirs. Lorsqu’il avait enfin pu se regarder dans un miroir 95 ans auparavant il avait fait une grimace de déception. « Tendance à l’obésité » avait-il diagnostiqué en voyant son nouveau visage. « Et à la calvitie » avait-il ajouté en tâtant son crane. Son aspect actuel lui donne raison. Pas très grand, trop gros, ses cheveux l’ont quitté déjà depuis longtemps. Aujourd’hui, comme tous les jours, il porte un costume simple, bon marché et trimballe sa mallette de médecin.

Comme il pose le pied sur la dernière marche et entame le chemin vers son cabinet, au milieu de cette banlieue populaire, il ressent tout à coup une violente douleur dans la poitrine. Une douleur qui s’étend au bras gauche et à la mâchoire. « Non, pense-t-il, pas maintenant … pas comme ça … pas ... ici ». Il regarde autour de lui. Il lui faut trouver d’urgence un lieu isolé. Un lieu où, si « ça » se reproduit à nouveau, personne ne puisse le voir. Il avise un passage entre deux immeubles, une de ces ruelles étroites où on trouve essentiellement des poubelles et toutes sortes d’objets abandonnés.

Elle n’est pas loin, mais Walter a l’impression qu’il n’y arrivera jamais. La douleur et la sensation d’étouffement s’étendent. Il avance pas à pas, toute sa volonté tendue vers ce but. Un jeune homme, la casquette vissée à l’envers sur la tête, s’arrête près de lui. « Hé, M’sieur, ça va ? » demande-t-il. Walter fait un immense effort et se redresse. « Je vais bien » parvient-il à dire d’une voix presque normale. Le jeune homme hausse les épaules et poursuit son chemin.

La ruelle se rapproche. Un pas après l’autre. Encore un pas, puis un autre. Sa vision commence à se brouiller. L’angle de l’immeuble. Sa main tâtonne et s’y accroche. Il essaye de reprendre son souffle, mais n’y arrive pas. Plus loin, il doit aller plus loin. Ses oreilles bourdonnent. Il entend des bruits bizarres. Une sorte de sifflement ou de grondement, il ne sait pas trop. Puis un autre bruit, plus étonnant encore car étrangement banal, celui d’une porte qui s’ouvre en grinçant. Ses jambes se dérobent et il tombe. « Je vous tiens » entend-t-il avant de perdre connaissance.

Lorsqu’il ouvre les yeux à nouveau la douleur a disparue. Il éprouve la sensation, maintenant familière, d’être dans un nouveau corps. Ce mélange de confusion et d’excitation quand on ne sait pas encore très bien qui on est et ce qu’on est. « Réveillé ? » Il se tourne brusquement, ennuyé. Cette fois ci il y a eu un témoin à sa « résurrection ». Il est face à un homme d’une quarantaine d’année au visage souriant et intrigué, accroupi près de lui.

« Vous venez de vous régénérer, comment est-ce possible ? » Walter ne sait pas ce qui l’étonne le plus. Que cette personne sache ce qui vient de lui arriver ou que le phénomène ait un nom, un nom qui lui parait maintenant évident. Donc que ce soit donc un phénomène connu, lui qui pensait être le seul à qui ce genre de chose soit jamais arrivé.

« Je ne sais pas » répond-t-il

« Ca vous est déjà arrivé auparavant ? »

« C’est la troisième fois » puis il ajoute « Vous connaissez ce … ce … enfin ce qui s’est passé ? »

« Régénération, oui, je connais, mais il n’y a que les Time Lords qui puissent faire ça et vous n’en êtes pas un »

« Time Lords ? »


Part human, part Time Lord

Walter est attablé dans un café face à son témoin. Il sirote son troisième thé. Il se sent encore confus, maladroit dans son nouveau corps. Tout à l’heure, le miroir derrière le comptoir, lui a renvoyé l’image d’un visage brun foncé aux yeux dorés, aux cheveux entre le crépu et le frisé. Il a l’air d’avoir une vingtaine d’année, un corps svelte, mais puissant. « Pas mal, a-t-il songé ». Il flotte dans ses vêtements et son pantalon lui arrive au milieu des mollets. Il va falloir se revêtir de neuf.

S’il se sent confus, ce n’est pas seulement à cause de la régénération, puisque ça s’appelle ainsi, c’est aussi à cause de la conversation qu’ils viennent d’avoir. Il vient d’apprendre en quelques minutes qu’il y a des extra-terrestres qui circulent sur Terre, que cet homme, qui s’est présenté comme le Docteur, « Juste Le Docteur », en est un et que, bien que son apparence soit totalement humaine, sa physiologie est très différente. Les différences les plus remarquables : deux systèmes circulatoires et la capacité tromper la mort en changeant de corps. Si Walter n’a qu’un seul cœur, il peut cependant changer de corps lui aussi. Alors qui est-il ?

Après sa première régénération, il avait eu la curiosité d’en savoir plus sur son origine. Il s’était toujours cru le fils de ces paysans avec qui il avait passé les six premières années de sa vie. Ou du moins il avait refusé d’y penser plus en détail jusque là. Il avait eu du mal à retrouver son certificat de baptême. D’abord parce que 210 années s’étaient écoulées entre temps. Ensuite parce qu’il n’avait pas été baptisé dans une église, mais dans un couvent. Un couvent de femmes, à quelques kilomètres de là où il avait vécu, enfant. Ses recherches avaient fini par aboutir, mais les renseignements sur ses parents figurant dessus étaient trop partiels pour être utiles. La piste s’arrêtait là.

Après avoir parlé de lui, l’homme, le Docteur, sans autre nom, veut en savoir plus sur Walter. Alors il se raconte. Sa naissance en 1560. La vie à la ferme. La première fuite à six ans. GrandMère. Une vie d’errance parce qu’il ne vieillit pas au même rythme que les autres. La première mort et la première « régénération ». La deuxième vie dans les conflits armés à soigner des soldats. La mort à nouveau et une nouvelle vie consacrée aux autres, à les soigner, à parcourir les quartiers pauvres des grandes villes du monde.

Puis il parle de son certificat de baptême, le seul document qui peut éclairer sur son identité. Il en sort une photocopie qu’il a toujours dans son porte feuille et la tend au Docteur. Celui le parcours rapidement et Walter le voit changer de couleur, pâlir soudain et lever vers lui des yeux abasourdis.

«Tu es … Tu es … Tu es … mon fils » dit-il. Il y a autant d’étonnement que d’émotion dans sa voix. Il étale la feuille sur la table. Son doigt pointe le nom de la mère « Elizabeth T. , née le 7 septembre 1533 à Greenwich » pas de nom de famille, puis celui du père « John Smith », pas de date, ni de lieu de naissance. Et il raconte l’erreur stupide, le mariage absurde avec la Première Elizabeth et sa fuite légèrement honteuse après la nuit de noce.

Cette ultime révélation, c’est comme un coup de grâce pour Walter. Il prend son crâne entre ses mains (une épaisse masse de cheveux frisés là où il était habitué à trouver une tête chauve) Il se demande si sa santé mentale va résister. Alors tout à coup, il commence à rire. Un fou rire irrépressible. Entre deux hoquets, devant le Docteur qui commence à rire lui aussi, sans bien en comprendre la raison, Walter parvient à dire :

« La plupart des enfants orphelins, abandonnés ou malheureux rêvent de parents célèbres. Ca n’a jamais été mon cas. Des parents ordinaires m’auraient bien suffit. Et qu’est-ce que j’obtiens ? Une Reine d’Angleterre et un extra-terrestre, Seigneur du Temps ! »

Dans le café devenu silencieux, tout le monde regarde le père et le fils rire aux larmes.
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