The Mini Mister Master [Terminée ch. 60]

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lulujoy
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 38 à 40]

Messagepar lulujoy » 21 Juin 2012, 08:34

Sam! Ah je suis contente de ce clin d’œil au Disque! (c'est un personnage que j'adore, en plus...)
Le Maitre dans la TARDIS, c'est vraiment génial. Cette fic devrait illustrer l'expression "tomber de charybde en scylla" dans le dictionnaire. Je savais que la vieille fille ne le laisserait pas tout faire, notemment pour le circuit caméléon.
Blague à part, mais un mois après avoir acheté mon plus récent ordinateur (que j'ai appelé "Tardis", ah-eem.), il a eu un bug bizarre. Puis, quand je l'ai rallumé, il affichait le message d'erreur "Not repair critical file. chameleon engine out of service". Je n'ai jamais cherché à le faire réparé, et il marche très bien sans (je trouve ça génial). Il s'allume toujours avec ce message (je le connais par cœur). J'espère qu'il n’aura pas trop d'autres soucis, car si quelqu'un me le répare, je suis sûre qu'il remettrait ce chameleon engine. Et je veux pas.
Aaah, demain je suis en examen. Je pourrais pas lire la suite (pas avant le soir en tout cas). Zuuut.

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Umanimo
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 38 à 40]

Messagepar Umanimo » 21 Juin 2012, 12:20

lulujoy a écrit :Sam! Ah je suis contente de ce clin d’œil au Disque! (c'est un personnage que j'adore, en plus...)


Je l'aime beaucoup aussi. Je suis en train de relire tous les tomes du Guet d'ailleurs.

En fait, j'aime tous les personnages principaux du Disque Monde. Un petit faible pour la Mort, mais tous sont attachants.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 38 à 40]

Messagepar lulujoy » 21 Juin 2012, 12:27

Si tu vas à la comic con, trouve le stand de Fan 2 Fantasy, ils ont fait une anthologie sur le personnage de la Mort: 11 nouvelles de jeunes auteurs francophones (dont moi!) ça t'intéressera peut-être ;) ( http://fan2fantasy.fr/286 )
J'aime aussi beaucoup Moite et Veterini... Et le Bibliothécaire!

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Umanimo
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 41 à 43]

Messagepar Umanimo » 22 Juin 2012, 08:34

Chapitres 41 à 43.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 41 à 43]

Messagepar lulujoy » 22 Juin 2012, 13:59

Aaah, le maitre en gros chat! (parce qu'au fond, c'est des gros chats, hein? juste un peu plus féroces).
J'aime beaucoup ses trois chapitres, comment le Maitre joue avec Tegan, comment le Docteur s'en doute mais n'arrive pas à faire grand chose... génial!

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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 44 à 46]

Messagepar Umanimo » 23 Juin 2012, 07:52

Chapitres 44 à 46.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 44 à 46]

Messagepar lulujoy » 23 Juin 2012, 08:44

Oooh, Bessie! quelle bonne idée!
La transformation du Maitre me plait beaucoup, surtout l'idée de ses forces et ses faiblesses. J'ai lu pas mal de fic avec ce genre de transformation, mais tu es la première à y penser... chapeau...

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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 51]

Messagepar Umanimo » 24 Juin 2012, 08:23

Chapitre 47
« Les dégâts au cerveau ne sont pas très importants, mais il y a un hématome sous dural impressionnant qu’il faut absolument faire disparaître. Et l’os est en miette. Je ne sais pas comment je vais reconstituer ça. Je n’avais jamais vu une boite crânienne aussi fine. »

Le Dr. Conway de l’Hôpital Général du Secteur Douze* enlève ses gants et retire son masque. Il a le visage fatigué de celui qui vient de faire une veille de 24 heures et n’a pas eu le temps de souffler entre deux patients. C’est toujours comme ça ici. Trop de malades et pas assez de personnel.

Le Docteur et Tegan regardent à travers la vitre le Maître allongé sur l’étroite couchette où il est sanglé par deux grosses attaches capitonnées. Des perfusions dans ses bras le réhydratent et de nombreux capteurs fixés sur son corps mesurent tous ses signes vitaux. Sa jambe est enfermée dans une gouttière légère en plastique transparent.

Sur sa tête, une sangsue de Hoom est en train de réduire l’hématome en pompant le sang à travers la peau et l’os. Elle se gonfle et passe de sa couleur bleue pâle naturelle au rouge sombre. Elle a un autre avantage. En même temps qu’elle aspire le sang, elle injecte dans sa « victime » un liquide destiné à le fluidifier, ce qui réduira les risques de caillot baladeur. Ce fluide a aussi une légère action antibiotique.

« Dès qu’elle a fini, je m’occupe de la fracture, ajoute le médecin. »

Puis, après un bâillement qu’il ne cherche pas à masquer, il termine :

« Vais me reposer un peu. Esprit plus clair après. »

Il s’éloigne en titubant de fatigue.

« J’aime cet homme, il a l’air non seulement d’un bon toubib, mais aussi d’être quelqu’un de bien, dit Tegan. »

« Il l’est crois moi. Je ne connais personne d’aussi doué, d’aussi dévoué à ses patients et d’aussi peu conscient de ses qualités en même temps. »

« Génial et modeste. Ca vous ressemble pour le génial, mais pas trop pour le modeste, le taquine Tegan. »


« Heureusement que j’aime les puzzles, leur dit le Dr. Conway. »

Il a bien meilleure mine après deux heures de sommeil. Il vient de sortir de la salle de chirurgie et les a mené au malade qui dort toujours, la gueule entre-ouverte sur le tuyau d’un respirateur. Une suture fine et à peine visible cours tout autour de la peau du crâne qui a été entièrement rasé pour l’opération.

Mais le plus surprenant, c’est que cette peau ondule comme si quelque chose bougeait en dessous. Voyant le regard interrogatif du Docteur et de Tegan, Conway explique :

« Ça, c’est mon petit bonus. Chenilles des arbres de Portgway. Elles font leur cocon en utilisant la matière sur laquelle elles sont au moment de leur transformation. Leur boulot en ce moment, c’est de fabriquer de la matière osseuse. Non seulement l’os de votre ami va guérir plus vite, mais elles vont augmenter l’épaisseur de sa boite crânienne. Ça ne devrait pas prendre plus de 10 à 15 jours. »

Puis, il ajoute en leur tendant un flacon où grouillent de minuscules créatures :

« Passé ce délai il faut injecter ça sous la peau. Les deux sortes de bestioles s’élimineront l’une l’autre et formeront une pellicule qui renforcera encore la solidité de l’os. »

« Extraordinaire, dit Tegan, bien qu’un peu dégoutant ! »


*Le personnage de Conway et l’Hôpital Général du Secteur Douze sont des créations de l’écrivain James White. Je vous recommande vivement la lecture de ses deux livres parus en français : « L’hôpital des étoiles » et « Chirurgien galactique ».

Chapitre 48
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Le Maître n’est pas un malade patient. Il clopine dans tout le TARDIS avec sa jambe immobilisée en ronchonnant sans cesse.

Et surtout il répète à tout bout de champ :

« Ça grrrrratte ! »

Et fait mine de se gratter le crâne où les chenilles sont toujours au travail et où ses poils ont commencés à repousser.

« Touche pas ! »
« Touchez pas ! »

« Je sais, grogne-t-il, en secouant la tête, comme s’il était agacé par une mouche ! »

La scène se répète au moins une dizaine de fois par jour.


« Je ne vais pas mettrrre ça ! »

Le Maître désigne l’épais collier de cuir rouge. C’est la première fois qu’il accepte de sortir avec eux sur une planète habitée. Il n’est pas encore assez en forme pour repartir chasser, mais devient enragé de rester enfermé dans l’espace vaste, mais clos du TARDIS.

« A ta guise, lui répond le Docteur, mais vu ton aspect, disons de « gros chat », j’ai pensé qu’il valait mieux que tu ais l’air d’appartenir à quelqu’un. »

La vraie raison, c’est qu’il veut pouvoir le contrôler en cas de nécessité.

Quelques minutes plus tard quand ils sont prêts à partir, il a quand même bouclé le collier autour de son cou. Tegan trouve qu’il a une allure grandiose avec ses habits et son casque noirs (la guérison n’étant pas complète, il est plus prudent qu’il se protège encore avec le casque réparé par le Docteur) et ce collier rouge. Une sorte de roi barbare. Il croise son regard admiratif et un ronronnement inattendu se déclenche, qu’il arrête aussitôt.

Il a cessé d’envoyer des images déplaisantes dans les rêves de Tegan. Ce n’est pas par manque d’envie de le faire, mais parce que, depuis qu’il est devenu un félin, il y a une sorte d’effet boomerang auquel il ne s’attendait pas : il en est aussi désagréablement affecté qu’elle.


Malgré la beauté de la ville, la promenade dans la Nouvelle Babylone n’est pas vraiment plaisante pour le Docteur et le Maître.

Le Docteur passe son temps à l’épier, aussi bien pour qu’il ne leur fausse pas compagnie que parce qu’il est l’objet de l’intérêt un peu trop appuyé des gens qui les entourent. Ceux-ci ont l’habitude des créatures étranges, mais ce grand fauve habillé, qui porte un collier et boite, les intrigue.

Le Maître fronce le nez et ses oreilles frémissent et tournent dans tous les sens. Il est assailli de trop d’odeurs et de sons. Trop d’odeurs humaines surtout et trop de sons discordants. De plus il se sent regardé avec une curiosité impudique et ça le rend nerveux.

Seule Tegan apprécie les magnifiques architectures en pyramides à étages ornées de bas reliefs colorés et la profusion de jardins aux plantes luxuriantes, ainsi que l’exotisme des tenues qui les entourent. Elle bavarde, contente de cette flânerie avec les deux hommes.

Le Docteur écourte la balade et, sous un prétexte futile, demande à revenir vers le TARDIS. L’humeur du Maître a changée. L’instinct de chasse, qui n’a pas été satisfait depuis plus de deux semaines, s’est réveillé. Il regarde les passants non plus comme des créatures agaçantes et qui sentent mauvais, mais comme un gibier potentiel.

« Vite, Tegan, rentrons, souffle le Docteur à la jeune femme. »

Tegan s’est aperçu aussi de l’altération du comportement du Maître. Il renifle l’air avec la mine d’un gourmet qui sent un bon repas et passe trop souvent sa langue sur ses lèvres.

Un gros homme pressé a le malheur de le bousculer et l’insulte en le repoussant du coude. Le Docteur, qui le surveille de près, a juste le temps de l’attraper par le collier avant qu’il ne se jette sur l’importun. L’homme est parti à reculons à toute vitesse en balbutiant :

« Hé bien, mon gars, faut pas s’énerver ! »

L’incident a fait sauter le dernier barrage. Accroché des deux mains au collier, le Docteur, malgré sa force, sent qu’il n’arrivera pas à l’empêcher de partir en chasse. Au milieu d’une foule dense d’hommes, de femmes et d’enfants. Il ne veut pas le taper sur la tête pour l’assommer et reprendre le contrôle. De toute façon il ne peut pas le lâcher. Il n’y a qu’une solution pour l’affaiblir sans utiliser ses mains.

« Désolé, dit-il. »

Son genou heurte l’entrejambe du félin devenu fou et celui-ci glisse au sol en glapissant. Tiré par le Docteur, poussé par Tegan, le Maître se retrouve dans le TARDIS, heureusement proche, bouclé dans une chambre, avant qu’il ait récupéré du coup.

Plusieurs heures durant, ils l’entendent tout casser dans la pièce et leur hurler :

« JE VAIS TE TUER ! JE VAIS VOUS TUER TOUS LES DEUX ! JE VAIS VOUS DÉVORER LES ENTRAILLES VIVANTS ! »

Chapitre 49
« Le Dr. Conway a dit pas plus de 15 jours, on aurait dû le faire hier au plus tard. »

Tegan montre le petit flacon grouillant d’animaux quasi microscopiques. L’incident à la Nouvelle Babylone date de la veille et le Maître continue à les insulter et à les menacer sans relâche.

« J’ai plus de chance d’y arriver que vous, ajoute-t-elle. »

Le Docteur sait qu’elle a raison, même s’il n’aime pas que ses compagnons prennent des risques à sa place. Le Maître hésitera peut-être un peu plus à s’attaquer à elle qu’à lui.

Armée de son flacon, de l’aiguille spéciale qu’il faut y adapter pour en injecter le contenu et d’un spray désinfectant, elle se glisse dans la pièce pendant une accalmie de la tempête d’injures.

Un « GRÔÔÔÔÔ ! » menaçant l’accueille. Elle agite son flacon devant le visage du Maître qui s’est levé du sol où il était assis et avance vers elle, une lueur meurtrière dans les yeux.

« Attends, lui dit-elle, laisse moi faire ça d’abord, c’est important, on a déjà dépassé le délai ! »

« Tu me tueras après si tu veux, ajoute-t-elle, en pensant "j’espère que non". »

Depuis quelques heures la sensation désagréable de démangeaison sous la peau de son crâne a fait place à des pincements qui commencent à devenir douloureux. Les chenilles sont en train de former leur cocon en se servant de la matière osseuse qu’elles ont fabriqué jusqu’à présent.

Elle voit une hésitation dans son regard, puis il soupire et se rassoie.

« D’accorrrd, grommelle-t-il, en grinçant des crocs. »

Ça fait 24 heures qu’il se défoule dans cette pièce et la colère a eu le temps de s’apaiser un peu.

« Allonge-toi, dit-elle, sur le côté, n’importe lequel. »

Un petit coup de désinfectant juste au dessus de l’oreille, gauche, puisqu’il s’est couché sur le côté droit.

« Ça va faire un peu mal, je le crains. »

L’aiguille lui parait redoutable. Elle a une forme bizarrement aplatie avec un biseau très allongé. Tegan ne se sent pas très à l’aise pour faire ça. A vrai dire, c’est même la première fois qu’elle le fait sur quelqu’un de vivant. En passant son examen de Premiers Soins, elle a appris sur des mannequins, mais la vraie chair, c’est autre chose. Surtout quand elle enveloppe le squelette d’un grand félin plein de rage.


L’injection a été plus aisée qu’elle ne craignait. L’aiguille a pénétré facilement et la seringue s’est enclenchée seule sans qu’elle ait eu besoin de faire quoi que ce soit.

Maintenant, elle est assise en tailleur, le dos contre un mur, tandis qu’il est toujours couché du même côté, la tête dans son giron*.

La bataille entre les chenilles et les petits parasites qu’elle vient d’inoculer est visible et semble assez pénible. Il serre les paupières et fronce les sourcils. Elle caresse doucement son cou, puisqu’elle n’ose pas toucher à sa tête.

Au bout d’une heure environ, le Docteur fait une apparition dans la chambre. Il regarde les dégâts. Pas un meuble n’est entier et certaines pièces de bois portent des marques de morsures. Des bouts de cuir rouge gisent un peu partout.

« J’ai apporté de l’eau, dit-il. »

« Va-t-en, lui dit le Maître, si tu tiens à rrresterrr en vie ! »

Il accepte cependant le verre d’eau. Pendant qu’il boit, le Docteur questionne Tegan :

« Ça se passe comment ? »

« Ça n’a pas l’air très agréable. Vous vous souvenez combien de temps le Dr. Conway a dit que ça durerait ? »

« D’après mes souvenirs, il n’a rien dit à ce propos. »

Il ajoute en regardant à nouveau autour de lui et en s’adressant au Maître :

« Cette chambre est hors d’usage, il y en a une intacte à côté, tu devrais y aller, ce sera plus confortable. »

Puis il sort en laissant la porte ouverte.


*J’explique ce mot qui est quand même assez peu utilisé : c’est la partie du corps comprise entre la taille et les genoux quand une personne est assise. Donc, là, c’est le creux que forment les jambes de Tegan dans sa position en tailleur.

Chapitre 50
Tegan n’a pas pu s’endormir cette nuit. Elle a fini par s’assoir dans le petit espace près de la porte du TARDIS, où elle est encore entourée par le bouclier de protection. Ce bouclier est activé chaque fois que le Maître part en chasse. On peut alors laisser les portes ouvertes. Lorsqu’il revient, il est le seul, avec les autres occupants du TARDIS, à pouvoir le franchir.

C’est la première fois qu’il reprend ses activités nocturnes depuis qu’il a été blessé par le gros herbivore à la tête en forme de hache. Elle est un peu inquiète parce qu’il n’est pas tout à fait remis et qu’il boite encore. Mais si, physiquement, c’est trop tôt, mentalement, c’était indispensable. Il a un énorme potentiel de colère et d’envie de tuer à dépenser.

La bataille entre les chenilles et les parasites avait durée une dizaine d’heures. Elle était restée avec lui, lui grattant le cou et le dessous des oreilles ce qui semblait le soulager un peu.

Après, il y avait eu une explication orageuse entre lui et le Docteur. Tegan n’y avait pas assisté, mais elle avait entendu quelques phrases, notamment celle-ci prononcée par le Docteur.

« Ne peux-tu pas comprendre que si tu avais commencé à faire un carnage dans cette foule, tu aurais rapidement été abattu ! Je n’ai pas seulement évité un massacre, je t’ai sauvé la vie … une fois de plus ! Et, désolé pour le coup bas, mais je n’avais pas le choix. »

Apparemment il avait fini par entendre raison, parce que la dispute ne s’était pas terminée dans un bain de sang.


C’est un halètement et une forte odeur de sueur et de sang séché qui réveille Tegan. Elle avait fini par s’assoupir, le dos appuyé à la porte. Il revient en marchant lentement et il boite assez bas. Elle se précipite vers lui :

« Tu es blessé à nouveau ? »

« C’est rrrien, just’ … la fatigue. »

Il avait couru toute la nuit et au matin sa jambe était douloureuse et n’avait plus de force.

Il avait trouvé encore meilleur que de s’attaquer à de gros herbivores. Combattre un autre prédateur. Seule cette lutte d’égal à égal avait pu lui apporter l’apaisement dont il avait besoin après trop de temps passé sans chasser et sa colère contre le Docteur.

L’animal qu’il avait vaincu, un reptile mammalien d’un mètre vingt au garrot, avait offert une résistance bienvenue. Mais sa chair était immangeable.


Elle l’étreint, de soulagement. Il reste surpris, ne sachant que faire avec cette femme qui le serre dans ses bras. Puis, comme le réflexe de l’animal, surtout après une nuit passée à se laisser guider par l’instinct, reste prédominant, il lèche le visage qu’elle lève vers lui.

Elle grimace parce que la langue est râpeuse et que l’odeur de sang est forte. Il l’étreint à son tour et le léchage se fait plus doux, avec juste la pointe de la langue pour ne pas gratter. Un autre besoin physiologique se manifeste, encore plus impérieux peut-être que le besoin de tuer.

Tegan laisse les petits coups de langue caresser son visage. Elle respire l’odeur fauve qui devrait la rebuter et l’enivre. Elle se dresse sur la pointe des pieds pour atteindre la bouche. Il fait entendre une sorte de roucoulement très bas et répond à son baiser, pas comme un chat, mais comme un homme.

« Oh, mon Dieu, je suis devenue zoophile, songe Tegan, tandis qu’elle caresse la douce fourrure du dos! »

Malgré sa fatigue et sa jambe douloureuse, il la soulève et l’emporte dans le TARDIS.

Chapitre 51
Tegan se réveille en frissonnant. Elle a froid. Il fait toujours un peu frais dans le TARDIS, mais d’habitude elle est assez couverte pour ne pas le sentir. Elle entend un bruit familier et une odeur forte qui la déconcerte.

Puis le souvenir de ce qui s’est passé au petit matin lui revient. Si elle a froid, c’est parce qu’elle est nue. Le bruit est un ronronnement à pleine puissance et l’odeur, une odeur fauve de sueur et de sang. Le Maître est couché sur le dos et il dort en ronronnant très fort. Il est toujours couvert de sang séché. Elle a la tête appuyée au creux de son épaule. Ils sont dans sa chambre à lui, sur son grand lit tout simple.

Elle s’apprête à ramasser ses vêtements et à s’en aller discrètement quand la porte s’ouvre.

« Maîtr … oh ! »

Le Docteur est sur le seuil. Il écarquille de grands yeux stupéfaits et son visage vire au rouge en une seconde.

Tegan, paniquée, bataille pour récupérer un bout de drap afin de couvrir sa nudité, tandis que le Maître se réveille et grogne :

« On ne t’a pas aprrris à frrraper aux porrrtes avant d’entrrreer ! »

Son regard est plein d’une joie perverse. L’expression sur le visage du Docteur est la meilleure part de ce qui s’est passée cette nuit. Elle n’a pas de prix.

« Désolé ! »

Il bredouille en battant en retraite précipitamment, trébuche en reculant, balbutie encore des paroles incompréhensibles et le bruit de ses pas s’éloigne rapidement dans le couloir.

« Oh, non, gémit Tegan, qui a enfin réussi à se couvrir, je n’oserais plus jamais sortir de cette chambre, ni le regarder en face à nouveau. »

« Et pourquoi donc ? Nous n’avons rrrien fait de mal. »

Il savoure cet instant. L’embarras du Docteur est la meilleure des gratifications.

« N’avons-nous rien fait de mal, s’interroge Tegan ? »

Ils sont adultes tous les deux. Et libres. Qu’est-ce qui pourrait être mauvais à se comporter en tant que tel ? Certes le physique du Maître est un peu … spécial. Mais son esprit est bien celui d’un homme. Alors pourquoi se sent-elle si gênée ?

« Je vais me doucher, murmure-t-elle, en s’habillant en hâte. »


Lorsqu’elle regagne la salle de contrôle, quelques minutes plus tard, le Docteur semble très occupé par la manipulation des commandes. Il a toujours le visage rouge.

« Désolée, dit-elle, je … »

« Non, non, c’est moi qui suis désolé. Je n’aurais jamais dû surgir ainsi … sans … sans … m’annoncer. J’étais un peu inquiet parce que tu … n’étais toujours pas levée et que tu … n’étais pas dans ta chambre. RHum ! RHm ! RHmm ! »

Il se gratte la gorge d’un air toujours aussi troublé sans regarder la jeune femme.

Le Maître arrive à son tour. Il a le poil humide et arbore un petit sourire satisfait. Même s’il n’est plus aussi acharné à la perte du Docteur, à la suite des nombreuses fois où celui-ci l’a tiré d’embarras dernièrement, le choquer est toujours aussi plaisant.

« Tegan, tu peux t’occuper de mes oreilles, s’il te plait ? »

Ça, c’est quelque chose qu’il n’arrive pas à faire seul. Elles sont trop haut perchées sur sa tête et l’intérieur est trop compliqué et délicat. Habituellement, il n’aime pas ce moment où il doit s’en remettre à quelqu’un d’autre pour un simple geste d’hygiène corporelle. Mais les choses ont changées.


Il est toujours prisonnier du Docteur, toujours enfermé dans le TARDIS, sauf quand on lui laisse le loisir de satisfaire son instinct de prédateur sur une planète qu’il n’a aucune chance de quitter autrement qu’avec eux.

L’influence du corps du félin sur son esprit est très prégnante. Le pire c’est qu’il a l’impression qu’elle augmente. Au lieu que ce soit sa conscience de Time Lord qui reprenne peu à peu le dessus sur l’instinct et les réflexes de la bête, c’est le contraire qui semble se produire.

Le besoin de chasser se marie fort bien avec le plaisir de tuer qu’il éprouvait déjà en tant que Maître dans son corps humain. Par contre le désir de dominer et de commander, s’il est toujours présent, semble avoir changé de forme. Devenir le dominant du groupe de mâles et posséder les femelles est son nouveau but. Il a déjà bien avancé en possédant Tegan, la seule femelle disponible.

Et tuer le Docteur est devenu : dominer le Docteur. Et, pour ça, le blesser moralement aussi souvent que possible, serait un bon moyen. Un nouveau sujet de réflexion agréable.

Il laisse Tegan lui nettoyer les oreilles en ronronnant de satisfaction.

Chapitre 52
Le Maître court en demi-cercle autour de la petite troupe de proies. Il les dirige vers un à-pic qui domine le paysage à quelques dizaines de mètres. Il va les acculer là.

Le scanner du TARDIS n’a pas détecté de vie intelligente sur cette planète, pourtant le groupe qu’il a sous les yeux est incontestablement à l’aube de l’intelligence. Sur la Terre, on les classerait déjà dans le genre Homo, probablement Sapiens.

Il est composé de trois hommes-mâles adultes, deux jeunes et une demi-douzaine de femmes -femelles avec des enfants.

Il les a enfin coincés contre la falaise. Les trois mâles lui font face, les deux jeunes en retrait et le groupe de femelles glapit, tandis que les enfants piaillent de terreur. Il sent cette peur et elle l’excite et le fait hésiter en même temps. Il a surtout envie d’arrêter ce piaillement énervant.


« Maître, éloigne-toi d’eux ! »

La voix du Docteur ! Il lève les yeux une seconde et les aperçoit au somment de la muraille, lui et Tegan.

La saturation d’odeurs quasi humaine a masqué leur arrivée. Sans doute aussi, le vent qui souffle dans le mauvais sens.

Il n’a pas l’intention de se laisser écarter de son objectif.

« Ou alors quoi, répond-il sans quitter le groupe des yeux ? »

« Je t’anesthésie avec ça ! »

Le Docteur agite le fusil.

« Et je ne prendrais pas le risque de faire de même pour eux, je ne connais pas leur réaction physiologique au produit. Quand tu seras endormi, tu seras à leur merci, le temps que nous trouvions un chemin pour descendre. »

Le Maître a un bref instant de colère et d’hésitation, mais il trouve immédiatement la parade. Avec une rapidité de réflexe qu’il doit à son corps animal, il se jette sur la horde. Maintenant qu’il est au milieu d’eux, le Docteur ne peut pas tirer sans risquer de les toucher aussi.


« J’ai peut-être été un peu négligent en le laissant partir en chasse sur cette planète. On dirait qu’il y a de la vie intelligente finalement. »

Le Docteur a l’air soucieux.

« Une intelligence primitive, mais incontestable. »

Depuis l’incident avec l’herbivore qui a faillit lui coûter la vie, le Maître porte au poignet un traceur qui permet de savoir exactement où il est. Il peut également envoyer un signal au TARDIS avec cet objet, en cas de nécessité.

Ça n’a donc pas été difficile de le retrouver et ce que craignait le Docteur est bien en train de se produire.


« Crénom ! Impossible de le toucher à lui uniquement ! Et si nous ne faisons rien, il va finir son carnage ! »

Deux des mâles gisent déjà au sol dans une flaque de sang et le troisième vient de recevoir un coup de pied griffu qui lui a labouré le ventre. Les deux jeunes hésitent à se lancer dans la bataille. Les femelles essayent de protéger leur progéniture qui continue à hurler de peur.

« Il n’y a que toi qui puisse faire quelque chose, Tegan, le raisonner ou je ne sais quoi d’autre. »

Elle sort de son ébahissement. Elle ne l’avait jamais vu en action et c’est plus qu’effrayant, plus que dérangeant, c’est abominable. Elle ressent une nausée devant le massacre qui se poursuit. Cela lui donne une idée. Qui pourra peut-être le déstabiliser suffisamment pour que le Docteur intervienne.

« MAÎTRE, crie-t-elle, JE SUIS ENCEINTE ! »

Il vient de saisir un des enfants, de l’arracher à sa mère qui lui laboure le visage et les bras de ses ongles. Il a déjà la gueule ouverte pour faire taire ce piaulement insupportable, quand il entend la phrase de Tegan.

Ça le frappe comme un coup de poing. Il lève la tête avec un air ahuri. Et reçoit la fléchette en plein front.

Le Docteur, qui attendait une ouverture depuis un moment, a profité de la brève immobilité et de la cible parfaite que représente le visage du Maître levé vers eux, pour tirer.

Tandis que leur prédateur s’effondre, le groupe de femelles et les deux jeunes, agrippent les corps des trois mâles et les trainant derrière eux, s’éloignent de quelques mètres.

« Descendons vite, dit le Docteur, leur peur ne va durer. Ils vont sûrement vouloir le tuer quand ils verront qu’il est inoffensif. Super idée au fait ! Ça a marché. »

« Ça ne serait peut-être pas plus mal, finalement, de le laisser se débrouiller avec eux. »

Le Docteur la regarde avec étonnement :

« C’est toi qui dit ça ? »

Elle a un air profondément dégouté. Puis soupire :

« Je suppose que non, nous ne pouvons pas le laisser se faire déchiqueter, alors qu’il est sans défense. »

Lorsqu’ils arrivent sur place, deux des femmes et un des jeunes commencent à tourner autour de leur agresseur en le poussant avec un bâton pour voir s’il continue à ne pas réagir.

Ils reculent devant le Docteur et Tegan. Celui-ci jette un coup d’œil de loin aux trois mâles. Ils sont incontestablement morts. Voila un groupe bien affaibli, avec juste pour le défendre, deux trop jeunes hommes. Leur avenir est incertain, mais on ne peut pas faire grand-chose pour eux.

Pris de colère, il tire une deuxième fléchette sur le Maître. Il se dit qu’ainsi, il aura le temps de le trainer jusqu’au TARDIS et de l’enfermer, avant qu’il ne se réveille.

Chapitre 53
Le Maître hurle des insultes en gallifreyen. Il est enfermé depuis un mois et demi dans sa chambre. La colère du Docteur ne s’est pas apaisée et il refuse toujours de le laisser sortir. Il devient fou, à la fois à cause de l’envie de chasser et du manque … de la présence de Tegan.

Ça le surprend d’ailleurs, que Tegan lui manque autant. Il ne la sent même pas dans le TARDIS. Elle est partie. Définitivement ? Et que signifie ce qu’elle lui a dit et qui l’a suffisamment déstabilisé pour donner l’avantage au Docteur ? C’est physiologiquement impossible de toute façon, il le sait. Elle l’a trompé, trahi. Elle aussi. Toutes les femmes le trahissent.


La jeune femme a eu envie de faire une pause, après ce qui s’est passé. Rendre visite quelques temps à ses parents. Retrouver une vie normale pour quelques semaines. Elle se laisse dorloter par sa mère qui se réjouit d’avoir son éternelle baladeuse de fille enfin à la maison pour un peu plus d’un week-end.

Depuis quelques jours, elle ne se sent pas très en forme. Fatigue, nausées, petits vertiges parfois et elle est allée voir un médecin. Qui lui a prescrit une prise de sang.

Elle vient d’aller chercher les résultats et elle les lit et relit, en se demandant si elle comprend bien ce qui est écrit.

« Taux de bêta-hCG, murmure-elle, 153 000 Ul/l. »

A côté, un mot : positif.

Elle a fait une formation de Premiers Secours dans laquelle on leur a donné quelques notions générale de médecine et elle sait ce que signifie ce taux de bêta-hCG. Mais c’est impossible, il y a une erreur. C’est sûrement une erreur.

« Je confirme, lui dit la femme médecin qu’elle est retournée voir, vous êtes bien enceinte. Il n’y a pas d’erreur dans les analyses, c’est confirmé par la palpation. De deux mois et demi, je dirais. De quand date vos dernières règles ? »

Elle ne sait plus. Trop de choses ont eu lieu dernièrement, elle n’a pas fait attention.


Une fois revenue dans le TARDIS, elle tend la feuille d’analyses au Docteur. Qui relit plusieurs fois, lui aussi, la ligne de résultats, qu’elle a soulignée d’un trait, avant de s’exclamer :

« Nom d’une pipe ! Mais c’est impossible ! »

« Deux mois et demi ? ajoute-t-il en regardant son ventre, alors, quand tu lui a sorti cette craque pour le déstabiliser, tu l’étais déjà ! »

« Oui, fait-elle avec amertume, prise à mon propre piège … Ou je le savais peut-être, inconsciemment, qui sait ? »


Tegan est là à nouveau. Il peut la sentir, mentalement et avec son odorat. Il reconnaitrait son odeur entre des millions. Sauf qu’elle a changé cette odeur. Un peu. Il renifle et essaye de comprendre ce qui est différent.

Lorsqu’elle vient toquer à sa porte avec un circonspect « je peux entrer ? », il sait déjà ce qu’elle va lui annoncer. Et cette information le laisse perplexe, dérouté. En tant que félin mâle dominant, il devrait se réjouir de perpétuer son patrimoine génétique. En tant que lui, le solitaire qui ne souhaite aucune attache, ça le déconcerte.

Elle est soulagée quand elle se voit accueillit par un Maître qui l’entraine immédiatement vers le lit en lui mordillant, peut-être un peu fort, le cou et la nuque. C’est la seule manifestation de son reste de colère contre elle. Dans le corps à corps qui suit, il lèche souvent son ventre, ce qui est peut-être sa façon de dire qu’il est plutôt content de ce qui arrive.


L’Hôpital Général du Secteur Douze comprend une maternité où sont traités les cas de grossesses un peu spéciales. Et celle de Tegan l’est, incontestablement. Une grossesse impossible.

Le -ou la, difficile à dire pour cette espèce d’insectes géants et intelligents- gynécologue confirme que la grossesse est en effet impossible, mais qu’elle a bien lieu. Il faut surveiller de près, mère et enfant. Ils reviennent donc régulièrement à la maternité, mais continuent de voyager. Cependant Tegan ne suit plus le Docteur dans ses explorations. C’est trop risqué.

Elle reste avec le Maître et ils passent une grande partie de leurs journées dans la bibliothèque-piscine, la partie du TARDIS qu’ils aiment tous les deux particulièrement. Ils ne parlent jamais de la grossesse de Tegan, mais elle surprend souvent le regard perplexe sur son ventre qui s’arrondit.

Bien que sa fureur ne se soit pas apaisée, le Docteur le laisse sortir à nouveau. Il vérifie maintenant, plutôt dix fois qu’une, que la planète de chasse soit bien dépourvue de vie intelligente.


L’accouchement aurait dû avoir lieu à l’Hôpital, mais il se déclenche si rapidement et atteint si vite le niveau critique, que le Docteur n’a pas le temps de manœuvrer le TARDIS. Il la stabilise dans le Vortex et s’occupe de Tegan. Ça se passe mal et le Maître est complètement inutile.

Dès les premières minutes, les odeurs de liquide amniotique, puis de sang, déclenchent un réflexe "d’attaque de l’animal affaibli" et il fuit la chambre de la jeune femme. Pour y revenir aussitôt, tiraillé entre deux instincts. Il ne cesse ainsi d’aller et venir, communicant sa nervosité à Tegan qui sent déjà qu’elle panique devant son épuisement et sa difficulté à expulser le bébé.

Quand le Docteur réussi enfin à sortir le petit être, la jeune femme perd connaissance. Il noue et coupe immédiatement le cordon et tend l’enfant au Maître en disant :

« Ta fille, occupe-t-en, Tegan a besoin de soins urgents. »

Le Maître attrape le nouveau-né qui vagit en le tenant à bout de bras comme si elle était une bombe prête à exploser.

Le Docteur a emmené Tegan dans l’infirmerie du TARDIS afin de stopper l’hémorragie qui s’est déclenchée après le délivre.


L’enfant, mal tenue, continue à pleurer.

Ce bruit est tellement irritant ! Il faut absolument le faire taire ! Et il y a ces odeurs, irrésistibles : sang, chair tendre, proie goûteuse. Il l’approche de son mufle, avale la salive qui emplit sa bouche et donne un coup de langue.

Chapitre 54
Tegan repose, affaiblie, mais hors de danger. Le Docteur est allé immédiatement mettre le TARDIS en route vers l’Hôpital, dès que l’état de la jeune femme a été stable.

Maintenant il retourne dans la chambre pour voir comment ça se passe. Il trouve le Maître assis dans un angle de la pièce. Il lèche quelque chose. Il fait entendre un bruit qui oscille entre le roucoulement et le ronronnement. Un autre ronronnement, plus ténu et de consonance plus aigu lui répond.

La petite fille repose dans le creux des bras de son père. Elle dort et fronce par moment son petit visage totalement humain. Sauf qu’elle est couverte d’un pelage si fin et si clair qu’il est presque transparent. Elle a été entièrement nettoyée des mucosités et du sang qui la couvrait.


Le premier coup de langue avait calmé les pleurs et déclenché chez le bébé son premier ronronnement. Le Maître avait alors donné lentement un deuxième coup de langue, puis un troisième. Quelques minutes plus tard, il finissait de la nettoyer et répondait à son ronron par un "rrroûûû" de mère chatte.


Le séjour à l’Hôpital Général du Secteur Douze a été court. Tegan se remet vite et le bébé est en parfaite santé.

De retour dans le TARDIS, elle fait rapidement face à un autre problème. Elle ne peut quasiment pas toucher sa fille. Karra* est accaparée par son père qui n’accepte de la lui laisser que pour les tétées.

« Tu ne sais pas la tenirrr, lui répond-il, lorsqu’elle tente de la prendre pour s’en occuper. »

Ou d’autres variantes comme :

« Elle s’endort mieux avec moi. »

Tegan est frustrée de sa maternité et doit argumenter pour changer une couche ou faire un bain au bébé.

« De quoi te plains-tu, lui dit le Docteur avec un sourire amusé, tant de femmes trouvent que leur compagnons ne s’impliquent pas assez dans l’éducation de leurs enfants. »

Ce n’est que lorsqu’il part chasser qu’elle peut enfin en profiter. Au matin, elle sent l’odeur forte qu’il a lorsqu’il revient et elle l’entend qui se penche sur le petit lit et murmure :

« Karrra ! Karrrrra ! »

Le bébé, toujours endormie, répond par son mini ronron.


« La rédemption par la paternité, quelqu’un me l’aurait dit il y a peu, je l’aurai traité d’idiot et de fou. »

Le Docteur regarde s’éloigner Tegan et le Maître. Celui-ci tient par la main une Karra qui a un an, mais la taille et le comportement d’un enfant de trois ans. Sa croissance est plus rapide qu’un enfant humain sans atteindre celle d’un bébé guépard.

Le couple a décidé que voyager avec le TARDIS n’était pas l’idéal pour élever un enfant. Ils ont choisit cette planète, où le grand nombre d’espèces étrangères permet au Maître et à Karra de passer inaperçus parmi la variété des physionomies que l’on y rencontre.

Si le Docteur les a laissé partir sans crainte, c’est parce qu’il ne redoute plus la violence du caractère du Maître. A partir du moment où il peut se défouler par une chasse tous les dix ou quinze jours, le reste du temps, il arrive à se maîtriser, même si les éclairs qui fusent dans son regard font parfois frémir.

Et il y a suffisamment de contrées sauvages ici pour toute une vie de félin.


*Karra est le nom d’un personnage de l’épisode « Survival » avec Seven.

Chapitre 55
Pour eux dix années se sont écoulées. Pour le Docteur à peine quelques semaines. Il est revenu sur "la planète du Maître" comme il l’appelle, parce que Tegan a un appareil qui lui permet d’envoyer un signal au TARDIS et qu’elle l’a activé.

Il retrouve la famille presque à l’endroit où il l’a quitté.

Tegan a plus de 30 ans, mais elle a très peu changée, toujours aussi svelte, toujours aussi belle, encore plus peut-être.

Karra, à 11 ans, est déjà adulte. C’est une jeune fille superbe, qu’on ne distinguerait presque pas de toutes les autres jeunes filles, si un fin pelage sable, tacheté de brun foncé, ne la couvrait entièrement. On peut voir aussi, lorsqu’elle rit, des canines qui ont l’air de crocs plus que de dents et ses ongles étroits et pointus sont durs comme des griffes.

Ce qui choque profondément le Docteur c’est la physionomie du Maître. Il ne reste quasiment plus trace du corps vigoureux et sauvage. Il est vouté, amaigri, son poil a blanchit et ses yeux sont voilés par la cataracte. Il avance à tâtons en s’appuyant au bras de sa fille qui le regarde avec une tendresse pleine de sollicitude.

Le félin, dont il a involontairement emprunté la peau, devait avoir déjà dans les dix ans. Un guépard vit en moyenne vingt ans. Ce corps est en bout de course. Le Docteur comprend la raison qui les a poussés à le rappeler. Il faut qu’il en change rapidement sous peine de mourir.

« Direction, demande le Docteur ? »

Les trois membres de la famille Guépard-Maitre sont entrés dans le TARDIS et Karra regarde autour d’elle avec curiosité. Elle et le Maître sont assis sur un des sièges tandis que Tegan se tient aux côtés du Docteur près de la console en songeant à quel point ces aventures dans le vaisseau lui manquent.

« Planète Terre, l’Afrique, répond Tegan. »

« Oh ! Un autre guépard ? »

« Oui, répond le Maître d’une voix sourde, je m’y suis habitué et ça me convient parfaitement. Et il va falloir que tu "endormes" ce corps là. »

Le Docteur fait une grimace. Ça lui rappelle de mauvais souvenirs.

« Est-ce qu’ELLE sera d’accord, demande-t-il ? »

Pour investir un nouveau corps, il doit repasser par l’âme du TARDIS. Difficile de savoir si elle le laissera faire. Elle n’a pas de très bons souvenirs de son précédent passage.

« J’espère. Il y a toujours un risque bien sûr. »

« Papa, fait Karra, tu m’avais dit qu’il n’y aurait pas de problèmes ! »

La jeune femme a l’air fâché et le Docteur reconnait dans l’expression de son visage des traits du Maître tel qu’il le connaissait il y a longtemps.

« Il n’y en aura pas, Minette. »

"Minette ?" Le Docteur toussote et dissimule un sourire derrière sa main. L’apprivoisement du Maître avait déjà été esquissé avec Tegan, mais Karra semble avoir été bien plus forte à ce jeu là.


Ils ont trouvé une troupe de guépards après quelques déplacements dans la savane, au pied du Kilimandjaro, comme l’autre fois. A l’aide des jumelles, le Docteur étudie longuement les animaux qui sont rassemblés sous un bouquet d’arbres. Il repère un jeune mâle qui se tient à la limite du groupe.

« Je sais que tu ne le vois pas, mais est-ce que tu peux le sentir, demande-t-il au Maître ? »

Celui-ci hume longuement l’air.

« Oui, il a deux ou trois ans, au plus, je pense que c’est exactement ce qu’il me faut. »

Vient le moment le plus désagréable et le plus risqué. Il faut "endormir" le corps du vieux félin pour que l’esprit du Maître puisse passer dans le TARDIS et ensuite dans le nouveau corps qu’ils ont repéré.

Tandis que le Docteur prépare ce qu’il faut, en ayant l’impression de rejouer une scène qu’il n’a pas du tout aimé, le Maître adresse une prière muette à la "vieille fille".

« Laisse-moi faire, s’il te plait, je ne ferais que passer. »

Le corps, qu’il occupe depuis onze ans, meurt et son esprit est libéré du poids de cette vieille défroque devenue douloureuse.

Un instant il retrouve le lieu familier où il a passé plusieurs mois, plus ou moins agréablement, avant d’être rejeté dans le corps d’un guépard.

Soudain, il sent qu’il est entrainé dans un mouvement irrésistible. Dans un tourbillon vertigineux. Le Vortex du Temps !

Son hurlement est inaudible pour les témoins, sa femme, sa fille, le Docteur, qui regardent la vieille peau s’affaisser dans la mort.

« NON ! NOOOOON ! NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNN ! »

Il lutte de toute la force de son esprit contre l’aspiration qui le drosse vers l’Œil de l’Harmonie.

« POURQUOI ?????? POURQUOOOOOIIIIIIII ?????? »

Pourquoi la machine le rejette-t-elle ainsi ? Elle l’a gardé des mois sans lui faire de mal, alors qu’il s’était imposé sans ménagement. Et voila que, maintenant qu’il s’est radouci, elle l’envoie dans le lieu dont il a le plus peur au monde. Il se débat, continue de lutter, la peur lui donne une résistance insoupçonnée. Mais il arrive juste à ralentir la chute. Il s’épuise rapidement.

Le Trou Noir est de plus en plus proche. Il a déjà l’impression de percevoir le froid, l’immobilité, le vide le saisir et le broyer.

S’il s’acharne avec tant d’obstination pour ne pas se laisser entrainer, ce n’est pas seulement parce qu’il veut survivre à tout prix, c’est aussi parce que deux personnes tiennent à lui.

« Non ! Pourquoi ? POURQUOOOIIII ? »

Plus il s’éloigne de la source de vie du TARDIS, moins il a de force. Le froid du Trou Noir commence à paralyser sa détermination. Tout à coup, cette lutte lui parait vaine.


« Karra. »


« Tegan. »


« Pardon. »


Après un dernier et faible sursaut de volonté, il lâche prise.

Chapitre 56
Ils se sont installés à la porte du TARDIS et observent les guépards. Le Docteur, avec les jumelles, regarde surtout le jeune mâle qu’ils ont repéré, mais jette aussi un coup d’œil aux autres. Il n’est pas sûr que le Maître puisse vraiment choisir.

Au premier signe d’un changement chez l’un d’eux, ils sont prêts à intervenir. Tegan et Karra ont des tourniquets qui lancent des éclairs et font du bruit pour apeurer et éloigner les autres félins. Le Docteur son fusil à fléchettes anesthésiantes.

Mais rien ne se passe.

« Combien de temps l’autre fois entre le moment où nous nous sommes matérialisés en Afrique et celui où vous avez vu qu’un des guépards se comportait bizarrement, demande Tegan ? »

« Pas plus de 10 minutes, je dirais. Mais c’est différent cette fois ci, ça peut prendre plus de temps. »

Le soir commence à tomber et les guépards se lèvent lentement, s’étirent. C’est le moment où ils vont se désaltérer au petit cours d’eau qu’on voit briller à distance. D’autres animaux y boivent déjà.


Ils ont enterré la vieille dépouille usée sous un rocher. Pour qu’elle ne se fasse pas dévorer par les autres prédateurs.

Cela fait trois jours qu’ils suivent dans ses déplacements et surveillent la petite troupe de félins. Il ne se passe toujours rien et l’inquiétude les gagne peu à peu. Le Docteur a plein de paroles rassurantes, mais il ne convainc personne, surtout pas lui.

Karra et Tegan se tiennent souvent enlacées et se parlent à voix basse. La vérité commence à leur apparaitre : IL n’a pas réussi cette fois ci. Le vaisseau spatio-temporel l’a rejeté ou il s’est passé autre chose et ils ne sauront jamais quoi.




« Ainsi, c’est toi … le Maître ! »

La voix est forte et résonne dans ce qui devrait être ses oreilles et sa tête, s’il avait un corps. C’est d’ailleurs le seul sens qui semble fonctionner. Il ne voit rien, ni ne ressent rien.

Lorsqu’il avait fini par lâcher prise, se laisser emporter, il était passé par d’étranges états.

D’abord la sensation vertigineuse d’exister simultanément dans tous les points de l’espace et du temps. Puis celle de ne plus exister que sous forme d’un seul atome. Enfin des impressions de froid intense, puis de chaleur infernale, le froid à nouveau. Son corps inexistant qui semble se retourner de l’intérieur vers l’extérieur et enfin, plus rien.

« Qui êtes-vous ? »

Il a réussi à parler, il ne sait comment. Il entend sa propre voix, celle qu’il avait avant de devenir un félin modifié.

« Tu es moins impressionnant que ce que je pensais. Enfin, je suppose que ta réputation n’est pas usurpée. Et, de toute façon, je vais devoir m’en contenter. »

« Qui êtes-vous, répète-t-il, et que voulez-vous ? »

Un rire grinçant, puis :

« Oh, tu me connais ! Tu me connais très bien, petit-bûcheur-fort-en-thème-toujours-plongé-dans-ses-bouquins. Et, tu sais quoi ? Nous avons les mêmes buts toi et moi. »

« Quels sont ces buts ? Qui êtes-vous ? »

« Survivre ! Tuer le Docteur ! Conquérir le pouvoir ! N’est-ce pas merveilleux ! »

Bien sûr ! Cela a toujours été ses buts ! Comment a-t-il pu s’en laisser détourner ainsi ! ?

A cause d’une femme, encore ! Les femmes le trahissent toujours.

Soudain, il peut voir à nouveau et sentir. Il a un corps, le corps humain qu’il avait avant de le faire mourir pour investir l’âme du TARDIS du Docteur, il y a maintenant si longtemps.

Autour de lui, juste un brouillard gris et scintillant et en face un être en armure, une armure rouge sombre. Il reconnait immédiatement le symbole qui orne le casque.

« Omega ! »

« Bravo, bien retenu ta leçon, petit Time Lord ! »

Il y a de l’ironie et de l’amertume dans les mots qui sortent du casque et résonnent comme s’ils étaient prononcés dans une immense salle vide.

« C’est vous qui m’avez … »

« Qui t’ais fait venir ? Oui, c’est moi. Je t’avais détecté déjà, mais quand j’allais te saisir et t’amener ici, cette drôlesse de TARDIS t’a fait disparaitre, je ne sais comment.* Celle là, c’est un mauvais esprit ! J’en sais quelque chose, c’est moi qui l’ais fabriqué. Enfin, qui ait commencé, je n’ai jamais pu finir. Le premier TARDIS ! »

« Tu es très fort, tu sais, tu as bien résisté dans le Vortex du Temps. Je ne m’y attendais pas. Il a fallu que je t’envoie une bonne dose de résignation pour te faire renoncer. »

*Où on apprend que, si le TARDIS a projeté le Maître dans un corps de félin, ce n’est pas pour se débarrasser de lui, mais pour empêcher Omega de le récupérer.

Chapitre 57
« Meurt, Docteur, meurt ! »*

Le Docteur s’éveille, couvert d’une sueur glacée. Encore ce rêve ! Le peu de sommeil dont il a besoin est gâché depuis des jours par ce même rêve. Le visage du Maître lui apparait, non le dernier qu’il avait, celui du félin, mais ceux qu’il a connu avant, surtout celui de Tremas.

Il répète toujours cette même phrase. Derrière lui ou se superposant à lui, une autre entité, plus menaçante encore, plus effrayante, à la fois familière et inconnue et qui lui donne une intense sensation de peur et de désespoir.

Est-ce son esprit qui lui joue des tours ? Ressent-il de la culpabilité parce que le transfert de l’esprit du Maître dans un nouveau corps de félin a raté ? Ce n’était pas de sa faute pourtant. Il ne pouvait rien faire de plus que ce qu’il a fait.

Ils ont fini par abandonner tout espoir au bout de plusieurs semaines. Le Docteur s’était glissé dans le cœur de la machine et n’avait pas ressenti la présence du Maître. Il se sent surtout déçu par la vieille fille. Mais ce n’est peut-être pas elle qui a refusé le transfert. Il leur sera à jamais impossible de savoir ce qui s’est réellement passé.

Le chagrin de Karra se manifeste par des accès de colère furieuse. Elle part en courant dans la savane au moindre accrochage avec sa mère ou le Docteur, qu’elle rend responsable de l’échec. Elle revient le pelage ensanglanté. Elle a, elle aussi, tué un petit animal pour se défouler et ne pas les molester physiquement. Elle ne se gène pas, par contre, pour leur sortir des paroles blessantes.

Le chagrin de Tegan est pire encore. Il se manifeste par un visage de bois, figé dans une expression neutre. Elle ne répond pas aux mots durs de Karra, qui essaye de la heurter. Elle a juste dit, lorsqu’ils ont compris que c’était terminé :

« Partons d’ici. »

Le Docteur ne sait que faire face au chagrin furieux de l’une et au chagrin silencieux de l’autre. Il les emmène un peu partout. Elles font parfois semblant de s’intéresser à ce qui se passe. La plupart du temps, elles restent dans le TARDIS, chacune de leur côté et le laissent sortir seul. Elles ne veulent pas revenir sur la planète où Karra a grandi et où trop de souvenirs les attendent.



« Tout est prévu, j’ai mon plan depuis longtemps. Il ne me manquait plus que toi pour le mettre à exécution. »

La discussion avec Omega se poursuit. Le Maître sait maintenant que tout ce qu’il voit n’est qu’une illusion créée par le vieux Time Lord pour avoir l’impression d’exister. Le corps qu’il semble avoir, fait parti de cette illusion.

« Pourquoi moi ? »

« Parce que nous avons les mêmes buts et parce que tu as un lien avec le TARDIS du Docteur. Ce lien m’est nécessaire pour sortir d’ici. »

Il déroule les détails de son plan devant le Maître attentif.

Remonter le long du Vortex pour investir le TARDIS du Docteur. A eux deux, ils seront assez forts pour vaincre la machine. Une fois là, le Maître, aidé d’Omega, pourra expulser le Docteur de son corps et récupérer celui-ci. Deux buts atteints en une seule manœuvre : récupérer un corps jeune, avec encore pas mal de régénérations et tuer le Docteur.

Ensuite, aller sur Gallifrey. Le Maître, ayant l’allure du Docteur, Président du Haut Conseil, ils n’auront aucune difficulté à aller et venir à leur guise. Là, Omega choisira un homme qui lui convient et il l’investira à son tour. A eux deux, la conquête de Gallifrey d’abord, de l’Univers ensuite, avec toute la puissance des Time Lords à leur disposition, sera un jeu d’enfant.

Le Maître sent son esprit s’élargir, comme si, soudain, il sortait au grand air, après avoir été confiné dans un lieu étroit et étouffant pendant longtemps. Enfin ! A nouveau cette sensation grisante de songer à un vaste but ! Enfin quelque chose de grandiose sur lequel travailler ! Il était enfermé, dans ce corps de félin qui le dominait de ses instincts, dans cette vie banale, à jouer le père de famille modèle, l’époux idéal. Il en avait oublié le plaisir de voir si loin, si grand. Les mots d’Omega résonnent presque comme des mots d’amour à ses oreilles, tant le langage qu’il lui tient correspond à ses aspirations profondes. Une âme sœur, un frère, avec lequel partir à la conquête du cosmos ! Son corps illusoire fait entendre un rire de soulagement et de joie.

« Il faudra aussi se débarrasser des deux femelles, ajoute Omega, elles sont inutiles. »

*Inspiré de la scène qui existe réellement lors de la régénération de Five en Six.

Chapitre 58
Omega écume de fureur. Sa voix résonne avec encore plus de force dans son armure. Ce n’est plus dans une grande salle vide, c’est dans une caverne qu’il semble parler.

C’est un fiasco ! Une déroute ! Une défaite d’autant plus amère qu’elle est due à un simple petit TARDIS. Un vieux modèle, le plus vieux des modèles. Sa propre création.

Il traite le Maître avec mépris. Une déception, voila ce qu’il est, un inutile qu’il aurait dû laisser végéter dans sa petite vie étriquée.

Celui-ci laisse le vieux Time Lord gaspiller son énergie à se lamenter et réfléchit aux raisons de leur faillite et comment y remédier.

Voila ! Il sait !

Ils ne doivent pas essayer de revenir tous les deux dans l’âme de la machine. Il doit y revenir seul. Il a senti que c’était possible. Alors seulement, il pourra parler avec la vieille fille, la convaincre que son but est de faire échec à Omega et que, pour ça, il a besoin d’elle. Il a besoin qu’elle accueille celui qui se dit son créateur.

Il lui explique son plan. Omega passe instantanément de l’amère complainte à la joie délirante.

« Tu es sacrément tordu, Maître, s’amuse-t-il, finalement, j’avais raison de faire confiance à ta réputation. »


« Pourquoi nous a-t-elle ramené là ? »

Encore un coup du TARDIS. Ils sont en Tanzanie à nouveau, au pied de la montagne. Le groupe de guépards est sur le point de partir chasser. Ils ont repéré un troupeau avec quelques animaux affaiblis et se déploient. Seules les femelles avec des petits restent au pied des arbres.

Le Docteur est perplexe. Non seulement la machine les a ramené dans ce lieu qu’ils n’ont pas envie de revoir, mais elle refuse de redémarrer. Tegan est venue lui demander ce qui se passait, tandis que Karra s’est enfermée dans la bibliothèque-piscine où elle nage des kilomètres pour dépenser son énergie et assommer son chagrin sous la fatigue.



« GROOOAAAARRRRRRAAAAAAAA ! »

« KRRRAAAAAAAAAAAAARRRRRRRAAAAAAAAAAAAAA ! »

Les animaux en chasse se tournent vers celui des leurs qui fait entendre ce curieux feulement. C’est un tout jeune mâle, qui vient à peine de rejoindre le groupe des jeunes en marge de la horde. Il est juste adulte et pas encore mature pour la reproduction. C’est probablement sa première chasse.

Le Docteur a entendu le cri et vu le jeune félin trébucher, ses pattes avant ployant soudain sous son poids et se mettre à ramper, puis à se frotter sur le sol en se tordant dans tous les sens.

« Tegan, crie-t-il, c’est LUI, allons-y, vite ! »

Ils avaient laissé les instruments qu’ils avaient prévu pour chasser les autres félins et récupérer "le leur", près de la porte du TARDIS. Aucun d’entre eux n’avait eu le courage de les ranger définitivement.

La manœuvre est risquée, surtout qu’ils ne sont que deux face à un groupe important, mais c’est leur seule option.

Heureusement, la surprise des guépards est totale et ils s’égayent devant les pétards et le bruit que produit Tegan avec son tourniquet. Le Docteur s’accroupit près du jeune animal. Il reconnait le regard et les transformations qui sont déjà à l’œuvre. La fois précédente, il n’en avait pas vu le début de près et ne peut s’empêcher d’être impressionné par la violence que cela représente pour ce corps, en entendant les côtes claquer, lorsqu’elles s’arrondissent pour former une cage thoracique humaine.

Ce guépard là est plus léger que le mâle adulte qu’il avait eu à porter l’autre fois et ils peuvent rejoindre le TARDIS plus rapidement. Une fois déposé sur le sol, avec ses pattes qui ne sont pas encore des mains, le Guépard-Maître agrippe le Docteur par le cou et le rapproche de sa bouche.

« Pa … parrrrr … tir … m’nan … immm… peurrr … t’ … cheeeuuu … se …. f’rrr … »

Ça doit être extrêmement douloureux d’essayer de parler, alors que ses cordes vocales sont en pleine mutation. Ce qu’il a à dire est sûrement très important, mais impossible de le comprendre.

« Karra ! dit Tegan. Elle comprendra, elle. »

Elle part chercher la jeune fille, tandis que le Docteur prépare les calmants pour lui permettre de se transformer sans trop souffrir. Mais, lorsqu’il veut piquer, il reçoit un coup au poignet qui l’en empêche.

« Pan’corrrrr. »

Karra arrive en courant, encore mouillée, illuminée d’une telle joie, qu’elle semble éclairer la salle de la console.

« PAPA, crie-t-elle, en se jetant à genoux près de lui ! »

« Plus tard les réjouissances, Karra, il cherche à dire quelque chose d’essentiel, essaye de comprendre. »

Une étrange conversation se tient quelques minutes entre la fille, encore dégoulinante de l’eau de la piscine et le père qui mute douloureusement de guépard à homme-guépard.

« Montre moi lequel, ajoute la jeune fille, au bout de quelques échanges mystérieux. »

Porté par le Docteur juste à l’extérieur du TARDIS, le Maître désigne un arbre.

« Celui-là, lui fait préciser Karra, celui qui est tordu avec une branche en forme de Z ? »

Il approuve de la tête, puis se laisse aller en gémissant :

« Daccccteeuu … »

« Je peux utiliser ça, maintenant, demande celui-ci, en montrant la seringue ? »

Nouveau hochement de tête.

Tandis qu’on l’installe confortablement et que le Docteur l’endort, Kara explique ce qu’il veut qu’on fasse.

« Il faut déraciner cet arbre qu’il nous a signalé, sans omettre la plus petite radicelle, le brûler entièrement et dissoudre les cendres. Qu’il n’en reste absolument plus rien. Il nous expliquera pourquoi, quand il en sera capable, mais c’est extrêmement important. »

Tegan reste auprès du Maître qui somnole à demi, tout en continuant sa mutation. Elle caresse le front qui se bombe et masse parfois la raideur des muscles que la transformation envahit de crampes.

Le Docteur et Karra armé d’instruments tranchants, de pelles, de houes et tout ce qu’il faut pour couper et déraciner un arbre, s’activent à détruire celui qu’on leur a montré.

Sur un espace terreux, ils allument un feu avec les débris du végétal. Ils le surveillent étroitement pour ne pas risquer un incendie dans cette savane sèche. Le charbon qui en résulte est brûlé à son tour jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des cendres. Puis celles-ci sont emmenées dans le TARDIS et mises à dissoudre dans un acide très puissant.

Ensuite le Docteur démarre le TARDIS, qui lui obéit enfin, et va jeter le pot contenant l’acide dans le soleil.


Moins d’une journée plus tard, ils se dirigent vers l’Hôpital du Dr. Conway. Il est indispensable d’avoir recourt aux chenilles des arbres de Portgway pour redonner à sa boite crânienne une épaisseur normale.

Le Maître leur explique les raisons de son étrange et urgente demande, alors qu’il était aux prises avec sa transformation.

Il ne leur cache pas qu’il a été séduit par la proposition d’Omega dans un premier temps. Il a faillit y céder et avec joie en plus. Ce n’est que lorsque celui-ci lui avait dit "il faudra aussi se débarrasser des deux femelles", qu’il avait compris ce que cela signifiait réellement. Le mot "débarrasser" avait une consonance définitive et ne voulait pas simplement dire "expulser du TARDIS", mais "détruire complètement". Un moyen aussi, pour le vieux Time Lord, de mesurer la solidité de son implication.

Alors il avait rusé. Les rêves envoyés au Docteur étaient un moyen de montrer à Omega qu’il souhaitait bien sa mort. Les échecs pour entrer dans l’âme du TARDIS n’était pas dû à celle-ci, mais à lui. Il semblait mettre tous ses efforts à pénétrer le cœur de la machine, alors qu’en réalité, il retenait Omega dans le Vortex. Il fallait qu’il puisse entrer seul dans l’âme de la vieille fille et pour ça, faire croire au vieux Time Lord qu’ils n’y arriveraient pas tous les deux ensemble.

Ensuite, une fois seul avec le TARDIS, il avait communiqué avec elle pour la dernière partie de son plan : faire enfin venir Omega, mais pour le bloquer dans une partie confinée, comme elle l’avait fait avec lui. Il avait dû l’aider pour cela, car le créateur de l’Œil de l’Harmonie s’était défendu avec acharnement. La bataille avait été rude et incertaine un moment. Puis, ils étaient retournés sur Terre. Alors, tandis qu’il se projetait lui-même dans un guépard, elle l’avait envoyé dans un objet qu’on pouvait détruire entièrement. Cet arbre.

Lorsqu’il a avoué avoir été tellement tenté par le plan de conquête de l’Univers, le Docteur réalise alors que le Maître n’a pas changé, malgré les apparences. Sa volonté et ses buts sont restés les mêmes. Ce n’est que la présence de Tegan, et plus encore, celle de Karra, qui le retient de dévaler le chemin de sa pente naturelle.

Et aussi que, d’une certaine façon, il souffre de tenir ainsi la bride à ses ambitions. Pour la première fois depuis le début de cette longue aventure, le Docteur éprouve de la compassion pour lui et de l’admiration pour la force de son caractère.




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Modifié en dernier par Umanimo le 10 Juil 2012, 13:54, modifié 13 fois.
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Umanimo
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 44 à 46]

Messagepar Umanimo » 24 Juin 2012, 08:28

Chapitres 47 et 48. Je ralenti le rythme de publication car nous avons presque rattrapé la publication sur BoT.
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lulujoy
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 44 à 46]

Messagepar lulujoy » 24 Juin 2012, 09:04

Comme je comprend Tegan. Tel que je l'imagine, il semble aussi avoir énormément de prestance. (enfin, un peu moins lorsqu'il se prend un coup là ou sa fait mal, mais bon)
Supers chapitres encore une fois. Vivement la suite ;)


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