The Mini Mister Master [Terminée ch. 60]

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lulujoy
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 28 à 30]

Messagepar lulujoy » 18 Juin 2012, 10:02

Ah, j'en apprend un peu plus sur la politique galifreyenne (j'ai l'impression que je ne la comprendrait jamais), c'est fun!
J'aime beaucoup l'idée de la Matrice, de comment il se déplace dedans, de la galerie des Monstres qui fait office d'anti-virus... Toujours aussi brillant ses chapitres ;)

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Umanimo
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 28 à 30]

Messagepar Umanimo » 18 Juin 2012, 10:55

Merci de commenter à chaque fois lulujoy. Je vois que c'est lu, puisque le nombre de lectures augmente, mais quand on a une réaction, c'est mieux. ;)
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Have you review it, hmm ? Nombre d'épisodes commentés.
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Umanimo
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 28 à 30]

Messagepar Umanimo » 19 Juin 2012, 08:22

La suite.

Chapitre 34
Le seul intérêt de Drax en tant qu’assistant, c’est qu’il est capable de trouver absolument tout ce dont il a eu besoin dans un délai extraordinairement court. Pour le reste il se révèle exécrable. Peu habile, peu patient, aucune intelligence scientifique. Il doit presque tout faire lui-même.

La machine est prête. Il revérifie tout encore une fois. Elle va reconstituer le nombre normal de ses cellules. Ce qu’il a appelé « la soupe primitive » bouillonne dans un ballon de verre. Un mélange de tout ce qui compose la vie. Il en a profité pour rajouter ce qui pourrait donner à ce corps humain un peu des avantages de celui des Time Lords. Une plus grande résistance au vieillissement par exemple. Mais il ne peut pas faire plus, ce corps ne le supporterait pas.

Il doit planter lui-même les aiguilles dans les veines de ses bras et de son cou. Drax est à peine capable de lui tenir un miroir pour qu’il puisse voir ce qu’il fait.

« N’interrompt pas le procédé et fait en sorte que personne ne l’interrompe. »

« Ah, et je pense que ça va faire très mal, donc pas de panique si je crie un peu. »

Un peu !!

Drax fini par fuir la pièce, ferme la porte et se bouche les oreilles. Un animal qu’on dépèce vivant ne produirait pas des sons aussi horribles. Normalement il devrait rester à surveiller que tout se passe bien, mais … non, ça n’est pas possible !

Un bruit d’explosion lui parvient de l’intérieur et simultanément le cri cesse.


La veille, tandis qu’il se procurait les derniers ingrédients demandé par le Maître, Drax a fait une rencontre dont il se serait bien passé. Il sait que le Docteur est là bien sûr, mais il a réussi à l’éviter jusqu’à présent. Non qu’il ait quelque chose à redouter de lui, mais le Maître lui a demandé de ne pas se faire voir du Docteur. Ca fait parti de leur « contrat ».

« Tiens Drax, je pensais que tu n’étais pas en odeur de sainteté sur Gallifrey. »

« Certaines personnes ont parfois besoin de gens comme moi, a répondu Drax vaguement, en faisant un sourire contraint. »

« Tu permets, ajoute-t-il aussitôt, je suis déjà en retard. Mademoiselle, désolé d’être un peu grossier et de fuir alors que j’ai à peine fait votre connaissance. »

Le Docteur l’a regardé partir. Curieux comportement. Il est plutôt du genre bavard d’habitude et être en retard ne l’a jamais dérangé.

« Ce gars là a quelque chose sur le feu et ne veut pas que je le sache. »

Tegan a demandé :

« Vous croyez que ça a un rapport avec … »

« Possible. Je crois que je vais surveiller un peu ses allées venues. »


Il s’est procuré une clef universelle pour ouvrir tous les TARDIS. En tant que Président, il en a le droit. Maintenant il hésite un peu devant celui de Drax. Cette violation n’est pas dans sa manière de faire. Mais il renifle quelque chose. Les déplacements du Time Lord renégat, ce dernier jour, lui ont paru encore plus suspects que son comportement lorsqu’il l’a rencontré.

Ils ont fini par entrer et ce qui les accueille glace le sang. Un hurlement de bête à l’agonie, assez lointain, mais parfaitement distinct. Puis une explosion et le cri s’interrompt.

Ils se précipitent vers la source de ce tapage, quand ils sont bousculés par un Drax en pleine panique.

« Drax, crie le Docteur, c’est où ? »

« Labo, se contente de répondre le fuyard en sortant et en claquant la porte derrière lui ! »

Le laboratoire est plein de fumée et une odeur de chair brûlée les prend au nez.

Chapitre 35
Toussant, agitant les bras pour dissiper la fumée, Tegan et le Docteur entrent dans la pièce. Le bourdonnement d’un appareil est le seul bruit qu’on entend. Par précaution et sans savoir encore ce que ça représente, le Docteur débranche un gros fil qui court à leurs pieds. Le bourdonnement se tait.

Sur le sol des bouts de verre arrondis baignent dans une flaque d’un liquide gélatineux brun clair. Un appareil à la fois sophistiqué et fait à la hâte occupe une partie dégagée du labo par ailleurs encombré de vieilles machines obsolètes et couvertes de poussière. Attaché au milieu de l’engin, ils reconnaissent celui qu’ils cherchent. Il ne fait plus 40 cm, mais n’a pas pour autant la taille d’un homme adulte. Il n’a même pas atteint le mètre.

« Il n’a pas assez grandi parce qu’il n’a pas mangé toute sa soupe, dit le Docteur en montrant la bouillie par terre. »

« Ce n’est pas drôle, Docteur. Enlevez-le de là. »

Il commence par ôter les aiguilles. C’est là que la chair a brûlé. L’appareil continuant à fonctionner, alors que le ballon qui l’alimentait avait explosé, il y a eu surchauffe. Quatre brûlures rondes qui commencent à se boursouffler ornent les deux bras et le cou. Puis il l’examine avant de le dégager de ses liens.

« Ca ira, dit-il, il a encore eu de la chance. »

D’ailleurs, il commence à remuer.

« Docteur ? »

La voix est un peu pâteuse.

« Où est Drax ? »

« Parti en courant. Il a toujours craint ce genre de chose, ce n’était pas à lui qu’il fallait demander des services de cette nature. »

« C’était le seul dans les parages, grogne le Maître. »

« Ramenons-le à la maison, suggère Tegan. »

Elle veut parler du TARDIS, bien sûr, le leur, celui du Docteur.

« Je crains qu’il n’y ait un problème pour se balader avec lui au milieu de la Citadelle. »

Puis il ajoute en se tournant vers le petit homme :

« Tu sais ? Drax t’a dit ? »

« Oui, fait le Maître. »

Il regarde d’un air dégouté le désastre autour de lui.

« Je lui avais dit de surveiller la température du ballon, bon sang ! Même ça, il n’en a pas été capable ! »

« Combien, ajoute-t-il ? »

« Je dirais 80 cm, 90 au plus. »

Il marmonne quelques mots.

« J’aime autant que Tegan n’ai pas compris ce que tu viens de dire. »

Mais celle-ci revient sur les phrases qui viennent d’être prononcées un peu plus tôt.

« Où est le problème et qu’est-ce que Drax lui a dit ? »

Le Docteur explique alors : le procès, la condamnation à mort.

« Et vous allez … »

« Le livrer à la justice ? Ce serait mon devoir de citoyen et plus encore de Président. Mais voila, je suis contre la peine de mort. Et puis il est temps de quitter Gallifrey. La pompe présidentielle et les courbettes de tout le monde commencent à m’agacer. »

« Mon sac, dit Tegan ! »

« Ton sac, s’étonne le Docteur, de quoi parles-tu ? »

« Mon sac de voyage. Pour le ramener inaperçu jusqu’à votre TARDIS, Docteur. »

« Je ne veux pas revenir avec vous, s’insurge le Maître. »

Il se redresse de sa position semi-allongée, toujours au milieu de sa machine et commence à vouloir partir. Mais il patine dans la « soupe » qui s’étale en grosse flaque sur son chemin.

Le Docteur le rattrape par le devant de sa chemise, lui évitant de tomber dans les bouts de verre. Il se soulève jusqu’à son visage et le secoue.

« TU-N’AS-PAS-LE-CHOIX, lui dit-il, les dents serrées. »

Tegan ne l’a jamais vu si en colère, lui qui perd rarement son sang froid. Ses yeux bleus lancent des éclairs et il est devenu blême, presque aussi blanc que son pull.
Il continue à le secouer :

« On a passé DES JOURS à te chercher alors que TU étais déjà dans le TARDIS que TU as détourné pour venir ici faire ta petite bricole ! »

« Tu échappes à la mort parce que JE ne te dénonce pas ! Et Tegan propose de te faire sortir discrètement d’ici pour que TU survives. Alors ferme ton CLAPET et tiens toi TRANQUILLE. »

« Va chercher ton sac Tegan, je m’occupe de lui. Et ne traine pas. Le choc passé, Drax va finir par se rendre compte qu’il peut toujours avoir l’argent de la récompense et revenir ici voir si la marchandise est encore en bon état. »

Chapitre 36
Roulé en boule, le Maître grince des dents de rage tandis qu’il est trimballé dans le sac de voyage de Tegan. Le sac est porté sans ménagement par le Docteur qui semble avoir tendance à le cogner un peu partout. De plus ses brûlures lui font un mal de chien. Rien dans le TARDIS de Drax pour le soigner.

Ils sont souvent arrêtés par divers Time Lords pour un bout de conversation. Et le Docteur ne fait rien pour écourter le blabla. Il semble même se complaire au mélange de flatterie et de ragots que distillent ses courtisans. Le Maître le soupçonne de le faire exprès pour prolonger sa situation humiliante. Il entend Tegan chuchoter :

« Dépêchons nous Docteur. »

« Je ne veux pas avoir l’air de vouloir m’en aller. Si quelqu’un comprend que nous souhaitons partir, ils vont essayer de me retenir. »

« C’est la fuite la plus lente que j’ai jamais vu, reprend-elle ! »

Enfin, le ronronnement discret de la machine lui apprend qu’ils sont arrivés.

C’est Tegan qui ouvre le sac. Il est dans une grande chambre meublée de façon assez spartiate. Bien entendu, ils ne peuvent plus le remettre dans la « cage à Maître », il est trop grand maintenant. Une secousse lui apprend que le TARDIS est parti de Gallifrey.

Quelques minutes plus tard le Docteur apparait, le visage toujours empreint de colère et soigne ses brûlures sans un mot. Puis ils le laissent seul.

Quelques minutes à parcourir les couloirs aux alentours de la pièce lui apprennent ce dont il se doutait déjà : il est enfermé dans une boucle qui le ramènera toujours à celle-ci. Impossible d’aller ailleurs. Une chambre, une salle de bain, quelques dizaines de mètres de couloirs, c’est tout son domaine.


« Ca fait trois jours qu’il n’a rien mangé. »

Tegan pose le plateau dans la cuisine. Tout en mâchonnant une banane, le Docteur regarde les assiettes où la nourriture est intacte.

« Il essaye de te manipuler. Je le connais, il ne se laissera pas mourir de faim. »

Puis il ajoute :

« Je ne comprend pas ton indulgence et ta sollicitude. Il t’a fait du mal pourtant. Son passage sous forme de bébé a trop réveillé l’instinct maternel en toi. Il l’a compris et il tente d’en tirer parti. »


Elle ramasse le bol de thé, froid et qui n’a pas été touché non plus. Sur le lit, elle ne voit que le dos du prisonnier qui n’a pas bougé de sa position depuis plus de deux semaines maintenant. Curieusement, son inquiétude du début a fait place à la colère et elle pense « Tu ne m’auras pas ».

« Tegan ? »

En quelques enjambées, elle a contourné le lit et s’accroupit face à lui. « Tu ne m’auras pas », oui, bien sûr ! Mais dès qu’il l’appelle, elle accourt ! Il lui demande simplement :

« Tu peux dire au Docteur de venir ? »

« S’il te plait. »

Il a ajouté ces derniers mots alors qu’elle est déjà à la porte.


« IL VEUT QUOI ? »

Tegan est abasourdie. Elle n’arrive pas à croire ce qu’elle vient d’entendre.

« Mais vous m’aviez dit qu’il était prêt à tout pour survivre et là, il vous demande… »

« Il a raison, c’est la meilleure solution. Mieux pour tout le monde, même pour lui. »

« Vous allez vraiment le faire ? »

Le Docteur passe la main sur son visage. Il éprouve tout à coup une grande lassitude. Ses centaines d’années pèsent soudain sur ses épaules, alors qu’il ne s’était jamais vraiment senti vieux jusqu’à présent.

« Je n’en ais pas envie, crois moi. Mais je le ferais. »

Chapitre 37
Le Maître n’a pas eu beaucoup de mal à jouer le désespoir. C’est presque ce qu’il ressent, ça n’a donc pas été difficile de se pousser un peu plus dans ce sens. Coincé dans ce corps de 80 cm, coincé dans une partie réduite du TARDIS, avec devant lui la perspective d’une vie de captivité, il avait eu le choix entre devenir enragé ou désespéré. Le désespoir servira mieux son plan.

Il faut qu’il se débarrasse de ce corps qui a déjà subit trop d’avanies et commence à se fatiguer. Il faut qu’il se libère du joug du Docteur. Il y a une solution, mais elle implique de mourir. Ou plutôt de faire mourir son être de chair. Dans l’état intermédiaire entre la vie et la mort, il sera à même de se projeter dans l’âme du TARDIS. Et de là, il pourra investir un nouveau corps.

Il a d’abord pensé à prendre celui de Tegan. Elle est jeune, vigoureuse, en bonne santé. Mais il n’a pas envie de se retrouver dans un corps de femme. Quant au Docteur, inutile d’y penser. Son esprit est beaucoup trop fort, la lutte qui s’ensuivrait pourrait les tuer tous deux.

Il a joué quelques jours la comédie de celui qui se laisse mourir de faim. Un inconfort pas très grave par rapport à l’enjeu. Puis quand il a senti les deux crétins assez mûrs, il a fait son regard de chien battu pour demander au Docteur de l’aider à en finir. Et il a eu, comme un bonus, la satisfaction de voir le choc de cette requête dans les yeux de son ennemi.


Tegan a refusé d’être là quand « ça » arriverait. Alors elle est sortie. Le TARDIS est garé sur Terre, où le Docteur l’a ramené. A Londres, dans une petite rue. Comme si venir sur cette planète qu’il aime particulièrement et dans cette ville qui lui est chère, allait rendre sa tache moins difficile. Il était d’une humeur massacrante depuis leur fuite. Maintenant c’est pire, il a le visage inexpressif, pendant qu’il s’active à préparer tout ce qu’il faut pour … faire ce qu’il a à faire.


« Tu es sûr, questionne-t-il une dernière fois ? »

« Absolument sûr. »

La réponse est sans ambigüité.

Il se répète sans cesse que c’est mieux ainsi, qu’il mérite amplement la mort. Que celle-ci, en plus, sera infiniment plus douce que celle qui l’attendait sur Gallifrey. Que c’est lui qui l’a supplié de le faire. Qu’au moins il ne fera plus de mal à personne … que … que … il y a des milliers de bonnes raisons. Il ne fait pas entrer, dans toutes ces bonnes raison, le fait que le Maître a essayé un nombre incalculable de fois de le tuer. Il aurait l’air de vouloir se venger, ce qui n’est pas le cas.

Alors pourquoi continue-t-il à se sentir si mal tandis qu’il enfonce l’aiguille dans la veine ?

Tegan entre brusquement dans la pièce. Elle a le visage rouge d’avoir couru. Au dernier moment elle a changé d’avis. Elle ne sait pas bien pourquoi. Agenouillée près du lit, elle serre la petite main dans les siennes.

Le Docteur pousse sur le piston de la seringue.


Investir l’âme du TARDIS n’a pas été difficile. La « vieille fille », comme l’appelle le Docteur, ne s’y attendait pas et, malgré une petite résistance, il a pu s’y implanter sans problèmes. Il y a quand même eu un instant de flottement pendant que son corps mourait et il a cru un moment qu’il n’y arriverait pas.

Maintenant il est en sécurité. L’intérieur d’un TARDIS, ce n’est pas comme l’intérieur de la Matrice. Rien ne peut le blesser. Il faut juste éviter le lien avec l’Œil de l’Harmonie, le Vortex du Temps. Sa dernière expérience avec le Vortex du Temps remonte à bien longtemps, mais le souvenir en est toujours vivace et douloureux.

Il n’a plus qu’à attendre que se présente une occasion. Un corps qui lui convienne. Il peut avoir beaucoup de patience quand il le faut.

Chapitre 38
Lentement, insensiblement, avec la persévérance de l’eau qui use une pierre dure goutte à goutte, le TARDIS l’a refoulé peu à peu dans des zones où il ne peut plus nuire. Cela a été si progressif qu’il ne s’en est aperçu que trop tard.

La première fois qu’il a tenté une action sans succès, il a d’abord cru qu’il s’y était mal pris. Puis il lui a fallut se rendre à l’évidence. Un nombre grandissant d’actions lui sont interdites. Il ne peut plus se promener à sa guise dans l’âme de la vieille fille. Elle l’entoure d’un réseau subtil, mais efficace qui le limite dans ses mouvements.

Au début, il s’était amusé à envoyer la machine dans des lieux absurdes ou dangereux. Pas trop tout de même, il ne voulait pas se mettre en danger lui-même. Non, juste assez pour que le Docteur se retrouve face à des situations rocambolesques. Il maîtrisait parfaitement l’engin qui ne semblait jamais lui résister.

Mais la vieille machine obsolète a des ressources insoupçonnées. Elle est beaucoup plus forte qu’il n’y parait.

Maintenant il commence à se demander si elle ne va pas le pousser dans le Vortex. Il tente de reprendre l’avantage, mais c’est comme vouloir se battre avec un bloc de gelée. Elle cède sous ses attaques, mais se referme derrière lui. Pour la première fois depuis qu’il est là, il ne se sent plus en sécurité.

Il a toujours traité les TARDIS comme des objets utilitaires. Il a usé de la sienne pour récupérer le corps de Tremas*, de la même façon qu’il compte utiliser celle-ci pour voler un autre corps. Seulement il n’était resté que quelques minutes dans l’âme de son TARDIS. Il est ici depuis bien plus longtemps, quoique le temps ne veuille pas dire grand-chose à l’intérieur des vaisseaux spatio-temporel. Du moins il n’a pas la même façon de s’écouler. Ou de ne pas s’écouler, d’ailleurs.

Tant pis, il n’a plus le choix. Le seul corps disponible est celui de Tegan. Il s’en contentera. Il a connu pire.


Tegan se réveille brusquement et s’assoit sur son lit. Elle halète, le cœur cognant dans sa poitrine. Elle vient de faire un rêve effrayant et triste en même temps. Elle a rêvé que le Maître voulait entrer dans sa tête. Il ouvrait son crâne par le haut au niveau de la fontanelle et essayait de sortir son cerveau pour se mettre à sa place. Mais une entité qu’elle n’a pas identifié, l’en arrachait et le projetait en l’air vers un effroyable tourbillon. Ce qui l’a réveillée, c’est le cri terrible qu’il a poussé.

Elle frissonne, la gorge serrée, au bord des larmes. Ce rêve prouve qu’elle n’a pas encore digéré cette mort. Mais elle le savait déjà. Toutes leurs aventures depuis ont eu un goût un peu amer.

Ils avaient envoyé le petit corps et la « cage à Maître » dans le soleil. Le Docteur avait fait disparaitre la chambre où « ça » s’était passé. Ils n’en parlaient jamais. Aucune allusion à la personne ou à l’évènement. Ou même aux évènements qui avaient eu lieu pendant qu’il était là. Un blanc dans leurs vies.



Elle l’a retenu ! Le TARDIS l’a retenu ! Elle l’a empêché de s’introduire dans le cerveau de Tegan et de prendre sa place. Elle l’a même poussé vers le Vortex. Il a réussi à éviter la chute de justesse. Il se terre dans des régions profondes où il ne peut plus voir, ni faire grand-chose. Les très anciens souvenirs de la machine. Avant sa rencontre avec le Docteur. Un endroit gris et monotone, ennuyeux.

Dès qu’il essaye d’en sortir, elle l’entraine vers le Vortex. Il doit reculer et se cacher à nouveau. C’est absurde ! Il est en prison de façon pire encore que lorsqu’il était dans la partie habitable de la machine. Qu’est-ce qui lui donne cette force, cette capacité à le contrer ? Il soupçonne que cela à quelque chose à voir avec le Docteur et leur relation si particulière.

Chaque Time Lord a une liaison plus ou moins symbiotique avec son TARDIS, mais entre le Docteur et la vieille fille, c’est presque un rapport amoureux. S’en est-il assez moqué d’ailleurs de l’amour du Docteur pour son tas de débris ! Un modèle déjà périmé mille ans avant leur naissance, qui fonctionne mal trois fois sur quatre, avec un circuit caméléon coincé dans une forme grotesque. Et c’est ÇA qui arrive à le retenir dans ce lieu sinistre !


*Père de Nyssa, une des compagnes du Docteur.

Chapitre 39
Le Maître parcourt les vieux souvenirs de la machine, plus par ennui que par véritable intérêt. Et il découvre des choses étonnantes.

Ce n’est pas un type 40 en fait. C’est un type « amélioré » 40. En réalité le modèle est bien plus ancien. C’est un type 001. Un des tout premiers TARDIS, peut-être même le premier. Il trouve des images de Gallifrey alors que la Citadelle actuelle n’était pas encore construite. Un édifice presque préhistorique s’élevait à sa place. Massif et rebutant. Une vraie forteresse de guerre.

Il voit les visages des divers Time Lords qui ont possédé l’engin. Certains qu’il reconnait parce qu’on les trouve dans les livres d’histoire. Des visages rudes, des vêtements faits pour protéger du froid et des coups de poignards. Les Time Lords n’étaient pas alors ces mollusques encroutés dans leur Citadelle, mais des guerriers. Les premiers voyages dans le Temps et l’Espace n’étaient pas des voyages d’agrément, ni des voyages d’étude. Les TARDIS étaient des vaisseaux de guerre. La plupart des autres propriétaires lui sont inconnus.

Elle a commencé par des personnalités prestigieuses, puis de moins en moins au fur et à mesure qu’elle vieillissait. Un nouveau départ après la mise à jour en type 40, puis la dégringolade à nouveau.

Et la mise au rebut parmi d’autres antiquités.

Il voit des salles de contrôles tout en fer boulonné. D’autres en cuivre avec des planchers en parquet ciré. D’autres encore en bois et cuir. Un (ou une) Time Lord fantaisiste ou seulement affecté d’un abominable mauvais goût avait opté pour une décoration fausse fourrure rose et pompons violets. Les divers instruments de navigation faisaient alors un bruit de klaxon chaque fois qu’on les actionnait.

Par contre, il ne peut pas accéder aux souvenirs à partir du moment où elle a été volée par le Docteur. Sauf un seul. Ce n’est pas le Docteur qui l’a volé, c’est elle qui l’a choisi. Il se demande quel est son but pour lui montrer ça. Simplement de lui dire qu’elle ne le laissera jamais faire du mal au Docteur ou à ses compagnons tant qu’il sera en son pouvoir ?


Toujours par ennui et parce qu’il ne supporte pas ce qui ne marche pas correctement, il commence à faire des petites réparations. Là où il peut accéder et ce qu’il est possible de faire à un esprit désincarné. C'est-à-dire pas grand-chose en fait. Il est vite limité.
Sauf que, au bout de quelques jours … c’est comme s’il avait à nouveau des mains. En tout cas, il peut agir de façon matérielle. Il s’active avec soulagement. Enfin, il s’occupe et cesse de s’ennuyer.


« C’est marrant, le concentrateur d’énergies (là le Docteur place un certain nombre de mots que Tegan ne cherche même pas à comprendre) marche à nouveau. »
« Je me suis toujours débrouillé sans, il n’a rien d’essentiel, mais c’est vrai que c’est mieux avec. »

Dans les jours qui suivent le nombre de petites fonctions qui ne marchaient pas ou mal et se remettent tout à coup à fonctionner convenablement, se multiplient.

Ca commence à devenir … vraiment bizarre.

« Docteur, c’est normal que les couloirs du TARDIS soient devenus sombres et qu’ils s’éclairent progressivement quand j’avance ? »
« Tiens, ça aussi, ça marche à nouveau ? »


"Pour voir", le Maître fait une petite tentative de sabotage.

Et se retrouve suspendu au dessus du Vortex à hurler d’épouvante !

Sa peur est d’autant plus grande qu’elle date de l’enfance, le moment où toutes les terreurs s’impriment dans l’esprit avec une grande intensité. N’ayant pas d’yeux corporels, il ne peut même pas fermer les paupières pour ne pas voir. Il crie :

« Pardon, je ne le ferais plus ! Pardon ! Pardon ! Je t’en prie ! »

Elle l’a relâché et à nouveau enfermé dans le monde gris des vieux souvenirs, dont il commençait à pouvoir sortir. Il lui faut plusieurs heures, ou l’équivalent dans ce monde sans temps mesurable, pour se calmer et arriver à penser à nouveau rationnellement.

Il n’imaginait même pas qu’un TARDIS soit capable de faire ça ! Il a l’impression que ces modèles anciens étaient plus complexes que le sont les récents. Ou plutôt, plus "vivants".

Les nouveaux modèles sont plein de fonctionnalités. Ils sont plus mécaniques. Ce sont plus des « choses », que des « êtres ». La relation avec le Docteur a sans doute encore augmenté cet aspect chez la « vieille fille ».

En fait, si elle ne l’a pas déjà jeté dans la gueule du Temps, c’est parce qu’elle ne l’a pas voulu. Elle aurait pu le faire à tout moment, dès qu’elle a su le contenir dans son réseau d’interdictions.

Chapitre 40
« Quelque chose ne va pas, Docteur ? »

Tegan trouve le Docteur les sourcils froncés face à un petit écran qu’elle a toujours vu éteint et qui est maintenant éclairé. Des symboles inconnus défilent sur un fond bleu clair. Il tient à la main une feuille de papier avec une sorte de liste écrite dessus. Il y rajoute une ligne.

« Non, au contraire, tout va bien. Trop bien même. »

Il lui tend la feuille comme si c’était la réponse évidente. Tout ce qu’elle y voit n’a aucun sens pour elle, même pas le but de cette liste.

« Qu’est-ce que ça veut dire, dit-elle, en lui rendant son papier ? »

« C’est tout ce qui marche à nouveau depuis quelques temps. Et tu vois, il y a une progression. »

Elle ne voit pas du tout, mais elle lui fait confiance.

« J’ai tout mis dans l’ordre des réparations. Au début c’étaient des petites fonctions sans importances, du genre qui te facilite la vie, sans avoir rien d’essentiel. Après, ces deux ou trois là, c’était déjà un peu plus intéressant. Mais ça … »

Il montre l’écran.

« Ca, c’est vraiment bien que ça marche à nouveau. »

Il se lance dans des explications qui laissent Tegan perplexe.

« Excusez moi, Docteur, mais je n’ai rien compris. »

« En gros, ça me permet de diriger le TARDIS au centimètre et à la minute près. Tout ce que tu vois sur cet écran, c’est l’état du Vortex à tout instant. Je sais maintenant exactement où nous sommes et quand nous sommes à tout moment. »

« Oui, dit Tegan, j’avais remarqué que c’était parfois un peu confus. »

« Et qu’est-ce qui vous inquiète là dedans, ajoute-t-elle ? »

« QUI fait ces réparations ? »

« C’est peut-être le TARDIS qui se répare elle-même. »

« Possible, mais j’en doute. Si elle était capable de le faire, elle l’aurait fait depuis longtemps. Non, ça date de peu de temps après que … »

Il se tait. Evoquer ce moment, qui les a choqués tous les deux, lui est difficile. Et il sait que ce sera encore plus difficile pour elle. Mais elle n’est pas du genre à laisser les phrases en suspend ne pas se finir.

« Ca date de quand ? »

« Sans importance, répond-il, avec le geste de chasser un insecte importun. »

Il ne dira rien d’autre. Quand il a ce visage fermé, c’est qu’on ne pourra plus rien tirer de lui.

Tegan n’est pas bête. Il n’y a qu’un évènement dont ils ne veulent parler ni l’un ni l’autre. Ca lui rappelle son rêve qu’elle n’a jamais raconté au Docteur. Et qui parfois revient la hanter.


Pendant la réparation du lien vers l’écran qui permet de visualiser l’état du Vortex, le Maître avait dû s’en approcher. C’était difficile et ses vieilles peurs resurgissaient, alimentées par sa récente expérience. Mais un écran opaque s’était matérialisé entre lui et le trou tourbillonnant, masquant la vue effrayante et lui rendant la tâche plus aisée.

D’une certaine manière la vieille fille prenait soin de lui, ou plutôt de son « dépanneur », car il doutait qu’elle eu une quelconque sollicitude envers sa personne.

Puis il s’était attaqué à la réparation du circuit caméléon. Il y avait un sacré fouillis là dedans ! Beaucoup trop de désordre pour une simple panne. Comme un sabotage volontaire. Ca lui avait pris du temps et toute son habileté intellectuelle et "manuelle". Mais il avait eu la satisfaction de voir (car il peut voir maintenant, même s’il ne peut toujours pas accéder à tout) l’engin se transformer brièvement en gros arbre au milieu d’une forêt.

Enfin débarrassé de cette forme grotesque !


Tegan et le Docteur sont sortis du TARDIS dans la ville d’Ankh, sur la planète Disc-World, pour rendre visite à un vieil ami du Docteur, le Duc d’Ankh, plus connu sous le nom de Samuel Vimaire.*

Lorsqu’il se tourne pour fermer le vaisseau, il a surprise de découvrir que le circuit caméléon fonctionne puisque, au lieu de garder son allure de cabine téléphonique bleue qu’il affectionne tant, elle a pris l’aspect d’une petite maison branlante au milieu de toutes les autres petites maisons branlantes de la rue.

« Non, ça c’est trop, s’exclame-t-il ! »

« Où est le TARDIS, Docteur, s’inquiète Tegan? »

« Elle est là, lui répond-il, en lui montrant la maisonnette. « Il » a réparé le circuit caméléon. »

« Allez-vous me dire à qui vous pensez, Docteur, lorsque vous dites « il ». Je suis sûre que vous avez quelqu’un de précis en tête. »

« Plus tard, répond le Docteur. »

Ce qui pour lui signifie, en fait, « jamais ».

Mais quand ils reviennent de leur visite, la boite bleue est à nouveau là et le Docteur sourit en donnant une petite tape amicale sur le côté de la porte en entrant. « Good girl, dit-il ! »


« J’ai fait tout ce que je pouvais faire et tu ne me laisses pas accéder au reste. Et, ça va, j’ai compris, pour le circuit caméléon ! »

Puis il rajoute en grommelant :
« Tout ce boulot pour rien ! »

Il lui parle, plutôt comme on se parle à soi même quand on est seul trop longtemps, qu’en espérant une réponse. Il n’y a jamais de réponse bien sûr. Du moins pas directement. Il ajoute :

« Si tu me trouvais un corps qui me convienne que je puisse partir d’ici ? Tu ne m’aimes pas et moi non plus je ne t’apprécie pas, ce sera mieux pour tout le monde. »
Il s’ennuie à nouveau. Toujours limité dans ses mouvements et plus rien à faire.



*Petit clin d’œil que certains reconnaitront.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas compris le clin d’œil, Samuel Vimaire est un personnage de Terry Pratchett dans la série de romans du Disque Monde. Je vous en recommande chaleureusement la lecture.

Chapitre 41
Le TARDIS est maintenant presque complètement opérationnel. Le Docteur pourrait le diriger avec une parfaite maîtrise si l’option « un seul pilote » avait été réparée aussi. Mais ça n’a pas été le cas et il devine pourquoi. La machine n’a pas voulu « le » laisser s’approcher des circuits de commande. C’est trop risqué.

L’engin secoue donc toujours autant au démarrage et n’arrive parfois pas tout à fait où ni quand il voudrait. Mais au fond, c’est mieux. Quel intérêt de voyager si on n’a pas la surprise de temps en temps ?

Il a beaucoup réfléchit et la conclusion à laquelle il est arrivée est la seule logique. Le Maître n’est pas mort. Seul le corps humain qu’il occupait a été détruit. Il a projeté son esprit dans le cœur du TARDIS.

Il leur a joué la comédie !

« Bien sûr, j’aurai dû m’en douter ! Je me suis fait avoir ! »

Et surtout, il a fait de la peine à Tegan et, ça, c’est impardonnable !

Il a quelques sueurs froides en pensant à ce qu’il aurait pu faire de mal là dedans si la vieille fille n’avait pas été capable de le cerner et de l’empêcher de nuire. Parce qu’il est sûr que ça s’est passé ainsi. Comment expliquer les réparations sinon ? Il ne sait pas comment c’est arrivé, ni comment elle s’y est prise, mais il sait qu’il n’a rien à craindre de « sa » présence dans l’âme de la machine. Elle maîtrise parfaitement la situation.

La question qu’il se pose, c’est s’il va en parler à Tegan. Ou attendre d’avoir vérifié son hypothèse avant.


Le Maître se laisse flotter dans un état semi endormi. Il n’a pas besoin de dormir bien sûr, c’est juste qu’il s’ennuie tellement. La lecture de tous les livres de la bibliothèque, les problèmes mathématiques complexes qu’il se pose à lui-même, la balade dans ses propres souvenirs, il a tout essayé pour s’occuper, mais tout fini par le lasser au bout d’un moment.

« Maîheuhaîaîheuhaîaîheuhaîtrrrrrrrrrre ! »

Comme un appel lointain, une sorte d’écho assourdi. Malgré la déformation, il est presque sûr d’avoir reconnu la voix du Docteur. Et puis, qui pourrait l’appeler ici, à par lui ? Il savait que le Docteur finirait par comprendre d’où venaient les réparations au TARDIS.

Tenter de répondre ? L’ignorer ? Il y a quelques temps, il aurait opté pour la deuxième solution. Aujourd’hui, même un contact avec son pire ennemi, l’homme qu’il déteste le plus dans l’Univers, est préférable à ce rien.

Il se déplace vers le son. Qui se répète régulièrement avec des intonations un peu différentes à chaque fois. S’y rajoute :

« Jeuheu sé queuh tu aihaihai làààà ! »

Le Maître se concentre. Il n’a plus eu de communication télépathique avec le Docteur depuis leur enfance, leur adolescence plutôt. Il a toujours fermé son esprit en sa présence. En retrouver le chemin demande un effort.


Le Docteur a attendu que Tegan dorme profondément pour descendre dans le cœur de la machine. Il s’y aventure bien plus loin qu’il ne l’a jamais fait. Aussi loin qu’il en est capable.

Puis il appelle. Il utilise les deux moyens qu’il a à sa disposition pour ça. Sa voix et le faible niveau de communication télépathique que peuvent utiliser les Time Lords entre eux. Faible s’il n’est pas cultivé, travaillé, enrichi. Il peut devenir beaucoup plus fort et certains d’entre eux sont capables de véritables conversations avec la personne choisie.

Mais entre le Maître et lui, depuis leur adolescence, s’est dressée une barrière infranchissable. Il espère pouvoir la traverser aujourd’hui.


Le contact s’établi si brutalement que le Docteur a l’impression d’être frappé d’un grand coup de poing entre les deux yeux. Il tombe et s’assoit, étourdi. La communication ne se fait pas en mots, mais en impressions. L’esprit du Maître est envahissant, rude, il envoie des sensations sans délicatesse.

Colère, haine, mépris, ennui, ennui à nouveau, ça domine, colère, colère, ennui. Que des sentiments négatifs qui flamboient et brûlent ou pèsent et l’entrainent vers un fond glauque. Au lieu de résister, ce qui rendrait le contact pire encore, il les accueille et veut renvoyer des sentiments positifs. Le problème, c’est qu’il n’éprouve pas beaucoup de sentiments positifs pour le Maître.

Puis il se souvient de ce qui s’est passé au moment de sa « mort ». Même s’il les a trompé alors et a joué la comédie, ses sentiments à lui et ceux de Tegan étaient authentiques, eux. Il les utilise pour répondre.

Il y a une sorte de lutte « d’esprits ». Puis il rompt le contact et remonte dans la salle de commande.

Maintenant il a une réponse. Son hypothèse était la bonne. Le Maître est vivant, bien que n’ayant plus de corps. Il va pouvoir en parler à Tegan.

Chapitre 42
« Vivant ! »

Elle sourit largement. Le poids qui pesait sur son estomac depuis des semaines vient de s’envoler. C’est seulement maintenant qu’il disparait, qu’elle se rend compte qu’il était là et lui gâchait la vie.

« Il nous a trompé, il a joué la comédie du désespoir ! Ca ne te met pas en colère ? »

« Non, il est vivant, n’est-ce pas tout ce qui compte ? Encore que je ne comprenne pas très bien comment il peut l’être et comment il a fait. Vous pourriez, vous, Docteur ? »

« Pas sûr. Avec mon propre TARDIS peut-être, parce que j’ai une relation particulière avec elle. Le Maître a un talent spécial pour survivre. Pas tous les Time Lords ne seraient capables de faire ça. »

Maintenant que le tabou est levé, qu’ils peuvent parler de lui, elle raconte son rêve au Docteur parce que celui-ci continue à la troubler.

« Le … (il s’arrête à temps avant de prononcer l’injure), il a essayé de voler ton corps ! »

« Vous croyez ? Pourquoi ne l’a-t-il pas fait alors ? »

« Cette « entité » que tu as vu et qui l’en a empêché, c’est sûrement le TARDIS. Elle t’a protégé. »

« S’il avait réussi, est-ce que je serais … ? »

« Tu serais morte, Tegan, oui, comme Tremas, le père de Nyssa. Tu l’as aidé, tu t’es montrée pleine de gentillesse et d’indulgence envers lui, alors qu’il t’avait déjà fait du mal et il essaye de te tuer sans scrupule. Crois moi, il ne vaut pas l’intérêt que tu lui portes. »

Elle commence à se dire qu’il a raison.


Le Docteur a trop vite abandonné la lutte, alors que ça devenait intéressant. Il est parti et le Maître se retrouve seul à nouveau. Il va tenter de reprendre contact. Juste pour ne pas s’ennuyer. C’est un défi à relever. Une occupation, enfin !


Tegan se réveille à nouveau le cœur battant. Un autre rêve. Moins angoissant que le premier, mais assez désagréable quand même. Elle le voyait très loin dans un brouillard mouvant qui le révélait ou le cachait selon les moments. Il appelait. Elle n’est pas sûre qu’il l’appelait à elle. Juste il criait. Puis il devenait de plus en plus petit comme s’il s’éloignait à toute vitesse, le brouillard finissait par l’absorber et les appels disparaissaient dans le lointain.

Elle pensait s’être débarrassée de ce chagrin. Le fait de le savoir vivant et surtout de réaliser qu’il avait voulu lui voler son corps, aurait dû l’emmener jusqu’à l’indifférence. Le refouler dans les régions tranquilles du souvenir ni douloureux, ni agréable, auquel on ne pense plus que rarement. Mais dans ce rêve, elle souhaitait lui venir en aide, désespérément. Elle n’en a pas encore fini avec lui.


Curieux comme ses tentatives pour atteindre le Docteur sont vaines. Il n’arrive même pas à sentir sa présence, alors qu’il sait qu’il est là. Il le voit s’activer autour de la console. Il a si bien bouclé son esprit qu’il s’est rendu « invisible ». Par contre il a senti qu’il touchait l’âme de Tegan, alors que les humains sont habituellement fermés au contact mental*.


*Dans « Kinda », Tegan est contacté par une créature maléfique qui entre dans son esprit et se sert d’elle pour se réincarner. Elle la retrouve dans « Snakedance ». J’ai pensé alors qu’elle pouvait avoir une sorte de don psychique latent que j’utilise ici.

Chapitre 43
« Tu as l’air fatiguée, remarque le Docteur. »

« Je, j’ai du mal à dormir. »

Elle détourne le regard. Elle commence à se demander si elle ne va pas quitter le TARDIS et retourner sur Terre, malgré son désir de continuer à voyager avec le Docteur. Une vie ordinaire lui conviendrait bien en ce moment.

Toutes les nuits elle rêve du Maître. Des rêves à chaque fois différents, mais avec une constante : il appelle, il demande de l’aide et elle est impuissante à la lui apporter. Le plus souvent, ça commence comme un rêve banal avec des personnes qu’elle connait dans une situation étrange ou au contraire familière. Puis un des protagonistes de son rêve se révèle être le Maître et la situation change et devient menaçante pour lui.


Puisqu’il ne peut pas contacter le Docteur, mais au contraire semble avoir une grande facilité à entrer dans l’esprit de Tegan, le Maître s’amuse à lui envoyer des images angoissantes. Il joue sur sa sensibilité et l’affection qu’elle semble avoir développé pour lui, pour se montrer dans des situations périlleuses et prendre un air de détresse qui lui fait du mal.

Ce petit jeu pervers l’égaye beaucoup et le venge un peu de tout ce qu’il a subit depuis des mois.


« Où sommes-nous ? »

« Sur Terre il semble, au beau milieu de l’Afrique. Pourquoi le TARDIS nous a-t-il amené ici ? »

Là c’est clairement la vieille fille qui est à l’origine du détournement. Il reconnait sa manière de sembler l’amener où il veut et de changer au dernier moment.
Ils sortent dans une savane arborée, un paysage magnifiquement typique, dominé par le Kilimandjaro.

« C’est superbe, dit Tegan, parfois je me demande pourquoi nous allons si loin alors que la Terre recèle de telles beautés. »

« Fais attention tout de même, cette beauté est pleine de dangers. Regarde cette troupe de grands félins là bas. Ils sont au repos pour le moment, mais il ne doit pas faire bon être dans les parages quand ils ont faim. »

Tegan met la main en visière au dessus de ses yeux et regarde la troupe d’animaux tachetés qui paressent au soleil et leur jettent à peine un coup d’œil indifférent.


Le Maître entend le bruit caractéristique du TARDIS qui se matérialise. Où sont-ils aujourd’hui ? Il a à peine le temps d’identifier la montagne qui culmine au dessus du panorama d’herbes sèches et d’arbres, qu’il a tout à coup l’impression d’être écrasé, tassé dans un lieu trop petit pour lui.

Une vive lumière brûle ses yeux, un tourbillon d’odeurs diverses entre dans ses naseaux, des sons inattendus frappent ses tympans, un frisson parcours son échine. Il n’arrive pas à ordonner toutes ces sensations inconnues qui l’envahissent.

Simultanément, il comprend qu’il se retrouve à nouveau dans un corps de chair, projeté dans celui-ci par le TARDIS, comme on se débarrasse enfin d’un parasite devenu trop gênant, et que ce corps ne correspond pas à son esprit.

D’ailleurs sans même qu’il y entre de sa volonté, le corps tente de se modifier pour abriter au mieux son âme de Time Lord. Les os craquent, la boite crânienne se gonfle en même temps que le cerveau grandit, amincissant les parois de celle-ci jusqu’à la fragiliser.

Il feule de douleur tandis que ses membres se tordent pour se redresser en forme de bras et de jambes. Ses pattes se déforment pour devenir des mains à peu près préhensibles et des pieds qui pourront le tenir debout. Sa cage thoracique s’arrondit, les côtes claquant avec un bruit sourd, tandis que le bassin s’élargit et bascule dans une autre position et que la colonne vertébrale prend de nouvelles courbes.

Ses griffes labourent la terre et il rampe sur le sol, de la bave coulant de sa gueule tandis que sa glotte s’altère hésitant entre un larynx qui permet de ronronner et un larynx qui permet de parler. Le feulement prend un autre timbre, moins grave.

Autour de lui la troupe des félins s’est levée de sa position de repos et regarde cet être qui se débat et dont l’odeur change. Des grondements leur retroussent les babines, leurs pupilles s’étrécissent, leurs oreilles se couchent et leurs poils se hérissent.


« On dirait qu’il se passe quelque chose là bas. »

Le Docteur ajuste sa vision et la focalise sur la troupe de guépards. Un des félins s’est mis à feuler de façon étrange et le son monte dans les aigus. Il se roule au sol et les autres membres de la bande l’entourent d’une façon qui lui parait menaçante.

Tegan est rentrée sans le TARDIS pour prendre les jumelles. Elle les tend au Docteur qui peut alors voir de plus près ce qui se passe. Il a du mal à distinguer l’animal qui semble avoir un problème, parce que les autres se sont mis à tourner autour nerveusement et lancent de temps en temps vers lui des coups de mâchoires dans le vide. La première vraie morsure entrainera les autres et alors, ce sera la curée.

Chapitre 44
Couché sur le ventre, le Maître tente de ramper ou de relever ce corps affaiblit par la transformation qui se poursuit. Il sent le danger avec son odorat désormais aiguisé, la peur des autres et la sienne aussi. Il sent aussi, mais avec ses sens de Time Lord, la présence de Tegan. Ils sont toujours là.

Il force sur ses cordes vocales en pleine mutation pour en sortir des sons compréhensibles.

« DAAAAAAAAAAAAAAAAACCCTTT…………… »

« TAAAAAGAAAAAAAAAANNNNNNNNNNN. »


« Oh, bon sang ! C’est pas vrai ! »

Lâchant les jumelles qui tombent à terre, le Docteur rentre en coup de vent dans le TARDIS et en ressort armé d’un vieux parapluie qui traine depuis toujours accroché au porte manteau. Sous l’œil stupéfait de Tegan, il court vers le groupe de félins en ouvrant et fermant celui-ci et en hurlant à plein poumons des mots aux consonances râpeuses. Elle crie à son tour :

« Docteur, vous êtes fou, revenez, vous allez vous faire déchiqueter ! »


« RRRRAAAAAAAHHHHH !!!!! RAIKAISTRRREDRELAAAA !!!!! BREEERAA ! »

Après une courte hésitation, les guépards s’égayent dans la savane, surpris par cet énergumène qui leur fonce dessus en agitant une forme inquiétante et en produisant des sons qui agacent leurs oreilles.

A bout de souffle, le Docteur se laisse tomber près du seul qui soit resté sur place. Il pose sa main sur le crâne recouvert d’une fourrure rase et tachetée et a un geste instinctif de gratouillage. Le corps frissonne et les changements à l’œuvre sont visibles sous la peau qui frémit. Les yeux bruns du Guépard-Maître brillent de souffrance. Un grondement sourd sort de sa gueule, qui, elle aussi, continue à se transformer.

« C’est vraiment une drôle d’idée … commence-t-il. »

« Pa … Moa ... Tarrr ... Dès ... »

Tegan les a rejoints. Elle regarde cette créature mi humaine, mi animale et réalise tout à coup ce qu’elle est.

« Oh, mon Dieu, dit-elle ! »

Puis elle ajoute :

« Ils reviennent Docteur, il faut rejoindre le TARDIS d’urgence. »

« Aide-moi. »

Avec l’aide de Tegan, il réussi à le soulever et le mettre sur son épaule. Puis il avance aussi vite qu’il peut avec ce poids mort qui le déséquilibre.

« Reste derrière moi et continue d’agiter le parapluie pour les tenir à distance. »

La porte du TARDIS claque derrière eux et ils se laissent tomber au sol. Le Docteur est épuisé de sa course. Tegan frémit de peur rétrospective en songeant aux dents et aux griffes auxquelles ils viennent d’échapper. Et le Maître est toujours aux prises avec les métamorphoses douloureuses de son corps.


« AhAh AhAh ! AhAh AhAh ! AhAh AhAh ! Oh, non, c’est trop drôle ! »

Tegan se roule par terre de rire. Le Docteur la regarde comme si elle avait perdu la raison, ce qui semble être le cas.

« Tu es trop gentille, Tegan, fait-elle, en imitant la voix du Docteur ! »

« Il n’en vaut pas la peine, Tegan, continue-t-elle, en roulant des yeux faussement exaspérés ! »

« Laisse-le se débrouiller, Tegan, achève-t-elle, en agitant un doigt sévère ! »

Elle s’étouffe de rire, les yeux mouillés de larmes. Puis se calme quelques secondes, le temps de dire :

« Qui est parti en courant, armé seulement d’un parapluie, contre une troupe de félins en colère ? C’est Tegan ? »

Et elle repart dans son fou rire.

Le Docteur se lève, hausse les épaules et se dirige vers la console. Au passage, il pousse du pied la forme velue qui continue de geindre sur le plancher.

« Sale bête, marmonne-t-il ! »

Chapitre 45
Tegan, avec un linge humide, nettoie avec précaution l’intérieur des oreilles poilues. Elle forme des petites mèches avec le tissu et passe dans les délicats replis.

« Cessez de vous agiter, dit-elle. »

« Ca chatouille rrr, grogne-t-il de sa voix rauque. »

Une voix qui traine un peu certains "r" par ci par là.

Il retrousse nerveusement la babine, ou la lèvre, ça tient un peu des deux, et ferme l’œil, du côté droit, celui de l’oreille qu’elle est en train de nettoyer.

Son pied gauche appuie sur le droit pour empêcher le réflexe de grattage de se manifester trop visiblement.

C’est le gros problème avec ce corps, les réflexes. Ca reste le corps d’un animal qui s’est adapté à une conscience de Time Lord et tous les réflexes de la bête sont intacts, tous les instincts.


Après avoir démarré le TARDIS, ils avaient fait rouler le Guépard-Maître sur une couverture pour éviter le contact trop dur avec le sol et l’avaient couché sur le côté en Position Latérale de Sécurité.

Tegan avait essuyé la bave qui coulait de sa gueule, résultat de la modification de sa gorge et de sa bouche, toujours en cours. Et lui avait présenté un bol d’eau qu’il avait commencé à laper avant de le boire à la manière humaine.

Puis le Docteur avait disparu un instant et était revenu avec une seringue hypodermique.

« Inutile qu’il souffre d’avantage, avait-il dit, en s’apprêtant à la planter dans la cuisse. »

Tegan avait arrêté son geste, les yeux écarquillés et le félin s’était mis à gronder.

« Calmez-vous tous les deux, c’est juste un anti douleur. »

Il avait fallu trois doses pour obtenir enfin un effet calmant. Le Maître avait terminé sa transformation sous les yeux de Tegan, assise à côté de lui.

Le museau s’aplatissait, le front se bombait et le crâne continuait de grossir.

Les griffes étaient devenues plus courtes, plus plates et plus larges, mais n’avaient pas pris totalement l’aspect d’ongles. Les doigts s’étaient allongés, mais étaient restés plus trapus que des doigts humain et la paume avait gardée le coussinet de la patte du félin.

Prolongeant la colonne vertébrale, une queue épaisse et touffue s’agitait toujours au moindre changement d’humeur.


L’autre gros problème de la métamorphose, à part les réflexes de l’animal qui perdurent, c’est la fragilité du crâne. La boite crânienne ayant eu à s’étirer énormément pour faire place à bien plus de matière cérébrale, l’épaisseur de certains os est inférieure au millimètre. Une vraie coquille d’œuf.

Le Maître peut sentir cette faiblesse. Il a l’impression de porter son cerveau dans un fragile bocal qui explosera au moindre choc. L’aspect rude et solide de son nouveau corps n’est qu’une illusion. Ce talon d’Achille le rend plus vulnérable qu’un nouveau né.


Il se plaint du mauvais tour que lui a joué le TARDIS en l’envoyant dans ce corps.

« Je lui avais demandé de me trouver un corrrps qui me convienne ! Et dans quoi elle m’a expédié ? Un guéparrrd ! »

« Ca aurait pu être pire. Elle aurait pu choisir un phacochère. »

« Ou un babouin, ajoute Tegan. »

« Oui, je trouve qu’elle a été plutôt gentille avec toi. »

« Grôôôô, répond-il, mécontent. »

« Tu sais quoi, ajoute le Docteur, tu vois toujours le verre à moitié vide. Tout ce qu’on n’a pas fait pour toi et jamais ce qu’on a fait. Elle aurait pu se débarrasser de toi facilement à tout moment. Elle t’a gardé en vie. »

« Je l’ai réparrrré ! »

« C’est vrai et je te remercie. Tu t’ennuyais ? »

« Un peu, admet-il. »


S’habiller n’a pas été facile car tout parait grotesque sur ce pelage, surtout les costumes qu’il portait avant. Finalement il a opté pour la simplicité avec une tunique sans manche serrée à la taille par une ceinture et un pantalon bouffant, les deux de couleur noire. Impossible de se chausser par contre. Ses pieds-pattes sont grands et larges. Avec des chaussures à sa taille, il a l’air de porter des souliers de clown. Il reste donc pieds nus.

Le Docteur a fabriqué un casque adapté à sa tête. Il n’y a pas vraiment de solution pour protéger cette ossature fragile. Même ce casque ne remplacera pas la solidité d’os crâniens d’épaisseur normale. Il est en métal et cuir, noir mat. Sa forme rappelle un peu les calottes que portent les Time Lords.

L’atmosphère est devenue étonnamment sereine dans le TARDIS. Le choc de sa métamorphose en guépard ou peut-être la conscience que la fragilité de son crâne ne lui laisse pas beaucoup de marge, a calmé, du moins pour un temps, l’humeur vengeresse du Maître.

Chapitre 46
Le caractère de son corps de félin a une forte influence sur celui du Maître. Il est à la fois plus rude, plus sauvage, avec l’instinct du prédateur et les sens plus aiguisés qui vont avec, mais il a également des besoins étranges, comme se faire gratter derrière les oreilles par exemple ou se frotter le côté de la tête au montant des portes. Et il n’arrive pas à les contrôler.

Lorsqu’il tourne dans la salle de commande en se montrant désagréable avec eux, le Docteur sait ce que ça veut dire. Il arrête la machine sur une planète déserte pourvue d’une faune sauvage et ouvre la porte. Le Maître disparait pour quelques heures.

Quand il revient, il sent une odeur fauve et sa fourrure est souillée de sang. Mais son humeur s’est améliorée. Et il ne mange pas pendant trois jours.

Lorsqu’il vient se planter à côté du Docteur, mais plus volontiers à côté de Tegan en enlevant son casque, ils connaissent aussi le besoin qui le pousse. Séance de gratouillage obligatoire. Au bout de quelques secondes, un bruit régulier se fait entendre. Le larynx n’avait pas choisi entre ronronner et parler, il avait pris les deux. Il ferme à demi les yeux, avec une expression à mi chemin entre la béatitude et la honte.

Il a réussi à se faire aux nouvelles formes de ses mains et a vite retrouvé son habileté. Seuls ses ongles-griffes le gênent un peu, mais les limer lui enlèverait des armes dont il a besoin pour ses expéditions nocturnes.


« Vous ne trouvez pas que ça va beaucoup mieux depuis qu’il a cette forme ? »

Ils viennent de le voir disparaitre dans la nuit, au petit trot. Comme d’habitude il a laissé ses vêtements à la porte, parce qu’ils le gênent pour chasser.

« Oui, répond le Docteur, qui aurait cru que devenir un grand félin lui irait si bien. La chasse calme son besoin de tuer et sans doute aussi son désir de domination. Mais je continue à me méfier. Avec lui, rien n’est jamais acquis. »

A part quelques pièces qui lui restent fermées, comme les laboratoires, il peut circuler dans le TARDIS où il veut. Par contre il ne peut pas approcher de la console et c’est la vieille fille elle-même qui le lui interdit. Ni sortir sans l’accord du Docteur, un verrouillage isomorphique condamne les portes à son approche.


Le vent de la course rebrousse ses poils tandis qu’il s’éloigne du TARDIS et du monde ordonné et fade où domine la pensée et non l’instinct. Il aspire les odeurs enivrantes. Il frissonne d’impatience. La traque, la poursuite, le moment délicieux où on attrape la proie et où on enfonce ses crocs dans la gorge palpitante, l’attendent au bout du chemin.

Le paysage est un mélange de jungle et de savane. Il n’y a pas de grands arbres comme dans une jungle, mais c’est plus humide et touffu qu’une savane. Il sent des odeurs d’animaux herbivores, un troupeau, avec des jeunes. Les jeunes c’est plus facile, mais lui préfère les gros mâles. Plus de résistance, plus de fun. Il ne chasse pas pour manger. Il chasse pour chasser et tuer et c’est un besoin vital qu’il doit nourrir suffisamment.

Il se met sous le vent du troupeau. De grands animaux sans cornes, mais aux têtes ornées d’une arête osseuse comme une lame de hache qui part du milieu du museau et remonte jusqu’à la nuque. La plupart sont couchés parce que c’est la nuit, mais des sentinelles restent debout et surveillent les alentours.

Il repère l’un d’eux. Certainement un mâle ou une grosse femelle. Il passe la langue sur son museau. La salive emplit sa bouche. Furtivement il contourne le groupe des endormis. Sa proie tourne brusquement la tête vers lui. Elle l’a senti. Il surgit des buissons en hurlant, paniquant toute la troupe. Tout le monde fuit dans le même sens, dans un ordre bien précis, avec les jeunes et les femelles au milieu. Mais ça ne l’intéresse pas.

Il court pour isoler du groupe celui qu’il a repéré. Et qui décampe à l’opposé des autres.

La poursuite, presque le meilleur moment !

L’animal fait des bonds dans tous les sens pour dérouter son poursuivant. Il change de direction à tout moment. Mais le Maître ne se laisse pas dérouter. Il a l’avantage de l’intelligence en plus de l’instinct et prévoit d’avance tous ses mouvements. Les guépards peuvent aller très vite, mais ce ne sont pas des coureurs de fond. Ils se fatiguent vite aussi. Il ne faut donc pas prolonger cet instant.

La proie tourne brusquement à gauche. Une dernière pointe de vitesse et les griffes du Maître se plantent dans l’arrière train. Puis il s’appuie dessus pour se propulser vers la tête et surtout vers la gorge. La bête s’est arrêtée brutalement. Elle a changé de tactique, elle fait face. Il est déséquilibré une seconde, juste une seconde et lâche prise. Il ne comprend pas ce qu’il lui arrive, lorsqu’une tonne de briques lui percute le front.

Il couine de douleur quand le grand herbivore complète le coup de sa hache osseuse par un coup de sabot sur la cuisse. Puis le gibier s’éloigne rapidement, l’arrière train dégoulinant de sang. Il a vaincu ce prédateur, mais il est affaibli et il a peu de chance d’échapper au prochain carnivore qui se présentera.

Le Maître se traine dans un buisson. Il tâte sa jambe et découvre une plaie profonde qui va jusqu’à l’os. Et celui-ci est cassé. Mais il y a pire. Sa tête lui fait de plus en plus mal. Il touche son casque avec précaution et s’aperçoit qu’il y a un profond enfoncement à l’avant entre le haut du front et le milieu du crâne, un des endroits où l’os est le plus mince.

Il sent l’eau pas loin. Une soif dévorante le pousse dans cette direction. Il avance à quatre pattes. Ou plutôt trois. La rivière coule entre des berges sablonneuses. Après s’être désaltéré, il regarde autour de lui et repère des bois morts. Il en choisit deux dont la forme peut lui permettre de se relever et de marcher. Puis il entame la longue route jusqu’au TARDIS. La chasse est finie pour ce soir. Du moins il l’espère. Dans cet état de faiblesse, il est lui-même à la merci d’autres prédateurs.


Tegan regarde le paysage inondé d’une vive lumière jaune orangé. C’est le milieu de la journée et le Maître n’est pas revenu. Il revient toujours à la fin de la nuit ou au petit jour, jamais plus tard.

« Je vais le chercher, dit-elle. »

« Il s’est attardé, c’est tout, il va arriver. Ou alors il a trouvé un moyen de s’échapper. »

« Je ne vois pas comment ici, la planète est déserte, il n’y a pas de forme de vie intelligente. »

« Nous ne sommes peut-être pas les seuls étrangers à nous y poser. »

A la fin de l’après midi, Tegan sort du TARDIS, résolue à savoir ce qui se passe. Elle est rattrapée par le Docteur qui porte un fusil à fléchettes anesthésiantes. Comme ils ne savent pas exactement la direction qu’il a prise, ils commencent à marcher en cercles de plus en plus éloignés du vaisseau.


Le Maître se laisse tomber sur un rocher. Il a clopiné toute la nuit et toute la journée et a l’impression de ne pas avoir couvert la moitié du chemin. Il s’appuie sur ses deux bâtons et ferme les yeux. La lumière le blesse et il ressent des vertiges de plus en plus souvent. Sa tête lui fait si mal qu’il en a parfois des nausées. C’est mauvais signe. Quant à sa jambe, ce n’est qu’un poids mort qu’il traine derrière lui.

Sans relever la tête pour ne pas plus réveiller la douleur, il hume l’air. Le Docteur et Tegan approchent. Ils ont fini par se mettre à sa recherche. Il essaye de quitter sa position assise, mais il n’en a plus la force. Il veut appeler, mais le seul son qui sort de sa gorge est comme un miaulement de chaton en détresse. Si faible et si ridicule !


« Ecoutez ! »

Elle tend l’oreille. Un faible cri. Elle n’est même pas sûre de l’avoir entendu. Mais le Docteur a l’ouïe plus fine. Il l’a entendu, lui.

« Par ici, dit-il. »

Ils le trouvent assis sur un rocher plat, appuyé sur deux bouts de bois qui ont dû lui servir de béquilles. Tegan a immédiatement remarqué l’enfoncement dans le casque. Une petite coulée de sang, figée dans les poils du front, s’en échappe. Et la jambe gauche est encroutée de sang aussi. La cuisse forme un angle pas naturel.

« Tu arriveras à marcher ? lui demande le Docteur, je ne sais pas si je pourrais te porter sur une telle distance. »

« Ouirrr, je peuxrrr marrrcherrr. »

La fatigue accentue sa tendance à trainer des « rrr » en parlant.

Mais au bout de dix mètres, ils doivent stopper. Il n’arrive pas à avancer et il est trop lourd pour être trainé ainsi entre eux deux. Ils reculent vers le rocher et l’assoient au sol, le dos contre la pierre.

« Aux grands maux les grands remèdes, je vais aller chercher Bessie. Reste avec lui Tegan, j’irais plus vite seul et il ne faut pas le laisser sans protection. Voici le fusil anesthésiant. »

« Qui est Bessie, crie Tegan ? »

Mais le Docteur est déjà parti en courant.


Un nuage de poussière s’élève à l’horizon. Tegan voit avec stupeur un engin cahotant, jaune vif, se rapprocher d’eux, en cornant des « couac » « couac ». Le Docteur en descend et d’un geste large, avec une révérence, il lui dit :

« Je te présente Bessie*. J’ai passé beaucoup de temps avec elle à une certaine époque. »


*Bessie était le véhicule préféré du Troisième Docteur, une vieille voiture, un roadster jaune vif.



Chapitres 1 à 19 : viewtopic.php?p=3805#p3805
Chapitres 20 à 33 : viewtopic.php?p=3894#p3894
Chapitres 47 à 58 : viewtopic.php?p=4148#p4148
Chapitres 59 à 60 : viewtopic.php?p=4456#p4456
Modifié en dernier par Umanimo le 10 Juil 2012, 13:55, modifié 13 fois.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 28 à 30]

Messagepar Umanimo » 19 Juin 2012, 08:26

Chapitres 31 à 34 de publiés. Enjoy ! ;)

Les chapitres 31 à 33 sont ici : viewtopic.php?p=3894#p3894
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 31 à 34]

Messagepar lulujoy » 19 Juin 2012, 08:49

AH! CLIFFHANGER!
Encore des chapitres intéressants. Drax m'a l'air d'un personnage assez drôle, j'ai hâte de le voir dans les épisodes.
Toujours aussi bien en tout cas... Et j'hésite: si le Maitre a repris taille normale, c'est moins drôle, mais dans un sens, il faut bien^^"

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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 31 à 34]

Messagepar Umanimo » 19 Juin 2012, 09:04

Drax est encore plus drôle dans l'épisode. J'aime beaucoup ce personnage. Dommage qu'il n'ait pas été plus utilisé.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 35 à 37]

Messagepar Umanimo » 20 Juin 2012, 07:43

Chapitres 35 à 37 publiés.
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 35 à 37]

Messagepar lulujoy » 20 Juin 2012, 08:40

Quelle idée étrange, ce suicide assisté, pour investir l'âme du TARDIS... J'ai hâte de voir comment le Maître va en sortir, tout de même!

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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 35 à 37]

Messagepar Umanimo » 20 Juin 2012, 09:16

Je ne dirais rien pour ne pas te gâcher la découverte. Spoilers ! :mrgreen:
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Re: The Mini Mister Master [En cours ... ch. 35 à 37]

Messagepar Umanimo » 21 Juin 2012, 06:22

Chapitres 38 à 40.
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